Archive

Posts Tagged ‘Bouteflkia’

Algérie: L’élection Présidentielle et Les Amuseurs de la République

This is a very beautifully written editorial by Mohamed Benchicou. It’s a must read.

Les Amuseurs de la République

Par: Mohamed Benchicou

vendredi, 03 mai 2013

Les Amuseurs de la République

Comme tous les quatre ans, à pareille époque préélectorale, ils déferlent, en rangs serrés, avec un nouveau spectacle dans les valises, comme s’ils répondaient à l’appel d’un devoir national du simulacre, bousculant à la fois les règles de l’actualité et celles du théâtre burlesque. Le gang des Amuseurs de la République est à l’œuvre !

Leur nouvelle création de 2013, provisoirement intitulée « Le président peut-il encore gouverner ? », originale et désopilante, basée sur l’allusif, un nouveau style baladin qui consiste à contourner la triste réalité nationale pour s’attarder sur l’ailleurs, raconte les tribulations du chef de l’État d’une île mystérieuse, une contrée fantasmagorique dont je suis incapable de vous dire le nom. À croire certains spécialistes versés dans le monde du burlesque, il s’agirait de Fantasyland, un pays magique de Disneyland, où les contes de fées et les histoires qui ont inspiré les films d’animation de Disney prennent vie, comme par magie. Cela expliquerait, sans doute, le fait que le nouveau spectacle, « Le président peut-il encore gouverner ? », vient d’être enrichi de plusieurs déclinaisons tout aussi drôles les unes que les autres, comme « Le quatrième mandat, c’est fini ! », un gag qui a rencontré un succès foudroyant, « La succession est ouverte », avec Benflis en guest-star, ou « Saïd Bouteflika limogé », une fiction loufoque montée avec adresse et dans laquelle des observateurs avertis ont cru reconnaître à la fois la main d’un célèbre manipulateur et un plagiat de Discoveryland, monde de Disney où les prédictions des grands visionnaires prennent vie.

Le débat autour de la fameuse contrée dont parlent nos opposants et nos journalistes est toujours en cours, mais une chose semble cependant certaine : il ne s’agit pas de l’Algérie. La lecture de l’éditorial d’un des membres les plus influents des Amuseurs, ne laisse, à ce propos, aucun doute. Le respectable analyste décrit, en effet, une province étrange mais démocratique, où la succession du président se réaliserait dans « le respect de la souveraineté du peuple, sans contrainte, et dans la transparence », détails qui excluent, de facto, l’hypothèse Algérie. La chose relève d’ailleurs du bon sens : la maladie d’un chef d’État n’étant handicapante qu’en démocratie, système où l’opinion garde le droit de regard sur la gouvernance, la question « Le président peut-il encore gouverner ? » devient, du coup, parfaitement inadaptée à l’Algérie. Chez nous, Dieu merci, pareille complication nous est épargnée, les citoyens que nous sommes n’étant consultés ni sur l’état de santé du chef de l’État, ni sur sa désignation ni encore moins sur sa reconduction. En retour, ce dernier régnerait sans rien nous devoir. C’est tout le privilège de ce que les Russes appellent les vybori bez vybora (élections sans choix), privilège qui s’ajoute, pour des autocraties comme l’Algérie, à celui d’être parfaitement gouvernables à partir d’un lit d’hôpital. La prouesse paraît d’autant plus à la portée de notre chef de l’État que notre cher pays, où le Conseil des ministres ne se réunit jamais, est unanimement reconnu comme l’unique de la planète à fonctionner sous le mode du pilotage automatique, personne n’y gouvernant et, conformément aux vybori bez vybora, personne n’y étant gouverné.

Tout ça pour dire que l’interrogation « Le président peut-il encore gouverner ? », en plus d’être parfaitement incongrue pour un pays où la sagesse autocratique l’emporte sur la véhémence démocratique, pose incontestablement un problème inédit : dans quelle catégorie classer les chimères généreusement imaginées par une si brillante équipe d’analystes et de brillants politologues, dont le seul mérite aura été de nous apprendre que  la grande famille du pouvoir illégitime pouvait, finalement, être aussi drôle que les Simpson ? Dans le théâtre, on avait inventé la comédie, le vaudeville, la bouffonnerie, la parodie, le burlesque, le sketch, le pastiche, la satire, la clownerie, l’arlequinade, la facétie… Aucun de ces styles ne paraît, cependant, correspondre au grotesque de la situation. Ah ! Peut-être dans la pantalonnade, qui n’est pas ce que vous pensez, mais dans le théâtre italien, une posture comique assez drôle dans laquelle excellait le pantalon, qui n’est pas non plus ce que vous pensez, mais un personnage du théâtre vénitien qui porte traditionnellement cette sorte de culotte et qui a laissé son nom pour désigner un homme sans dignité et sans consistance !

Depuis on a cependant su que « pantalonnade » veut dire, en même temps que ce que vous pensez, subterfuge grotesque pour sortir d’embarras. Rappelons-nous : la théorie du « président malade et démissionnaire » avait déjà permis, en 2005, d’avorter les grosses contestations autour des effets catastrophiques de la fameuse Charte pour la paix. Val-de-Grâce avait étouffé le scandale politique. Le régime s’est servi de nouveau, en 2006, de la théorie du « président malade et démissionnaire », pour briser le débat houleux qui commençait à s’installer autour du projet d’amendement de la Constitution. À quoi bon débattre, se disait-on, d’un projet mort-né, compromis par la santé défaillante du président ? Dans les deux cas, le régime a obtenu, par l’esbroufe, un répit salutaire qu’il a su habilement exploiter. Aujourd’hui, en 2013, Bouteflika substitue le débat autour de la corruption de Chakib Khelil, c’est-à-dire la corruption imputable à sa famille politique, par un débat sur l’AVC et ses conséquences sur la gouvernance. Val de Grâce II continue le boulot diversion de Val de Grâce I ! Comme en 2004, le régime utilise la presse minaudière et l’opposition maniérée pour reconduire, « légalement » et dans le cadre du « pluralisme », le président Bouteflika à la tête du pays ! Encore une fois, un des subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays, aura magnifiquement fonctionné. Ainsi, pendant que d’éminents esprits nous rebattent la thèse du « président malade et démissionnaire », que dit et que fait le principal intéressé ? Il affirme à qui veut l’entendre : « Grâce à Dieu, je me porte très bien » ; il prépare la population à l’émotion du « retour au pays » ; il multiplie les flagorneries en direction de l’opinion publique ; il n’oublie pas de « remercier » la presse qu’il gratifie d’une journée spéciale le 22 octobre… Tout cela débouche sur une information capitale : la décision de postuler pour un quatrième mandat est déjà prise !

Alors, je crois bien que, faute d’antécédents dans le genre théâtral, l’on soit obligé de rapprocher la manœuvre complice à laquelle se prêtent une partie de notre presse et de notre opposition, d’une pantalonnade tout à fait remarquable d’adresse et d’inventivité et dont on rirait volontiers si elle n’était un discours de diversion qui finit par laisser au régime l’initiative politique. Nous avons juste oublié que le diable, devant les nigauds, entreprend toujours  de jouer au nigaud. Tout autocrate compte sur la bêtise humaine pour enfourcher le monde et l’étrangler de ses sangles. Il suffit de laisser croire. Gouverner c’est faire croire a dit Machiavel. C’est cela, le but de la politique, pour Machiavel, ce n’est pas la morale mais la réussite : obtenir et conserver le pouvoir !

Finissons par un clin d’œil à la journée du 3 mai pour évoquer le « papier » si précieux pour un journaliste et dire que toute cette histoire ressemble, en effet, à celle du papier plié en quatre qu’on découvre au détour d’une ruelle, que l’on ramasse avec une curiosité difficilement contenue, que l’on  fourre dans la poche avec cupidité,  que l’on ouvre, enfin, avec angoisse pour découvrir que la trouvaille, au final, n’était qu’un prospectus de vente au rabais… Il sera alors l’heure pour l’île mystérieuse de fermer ses portes. Rendez-vous dans quatre ans pour une autre séance de fantasmagorie. Entre-temps, nous aurons au moins appris que la politique n’est pas un jeu, mais un art de la dissimulation au nom de l’efficacité. Et l’efficacité, ici, consistait, tout simplement, tout bêtement, serai-je tenté de dire, à s’assurer de sa propre succession en 2014 !

Algerie: Bouteflika hospitalisé, la mauvaise graine ne meurt jamais

April 29, 2013 1 comment

Algerian President Abdelaziz Bouteflika was transferred to France–military Hospital Val-de-Grâce near Paris– for medical tests on Saturday night after suffering a minor stroke. Apparently, the autocrat is still alive, the mini-stroke has had no impact on his intellectual capacity. Besides the fact that the president chooses to go to France to seek medical treatment and does not have any confidence and/or trust in his own country’s physicians, this health crisis has very little impact on the future of the Algerian regime.

Photo d’un hôpital Algérien: où Le Peupe se Soigne

942753_10200692641414190_1389903776_n

Photo d’un bloc opératoire a l’Hôpital du Val-de-Grâce : où Le Bouteflika se Soigne

station-installation-surgimedia-specially-designed-for-rennes-university-hospital-in-the-project-plateformethera-image,big_134

So what does that all mean? Nothing really. If Bouteflika, who preparing himself to run for another term, doesn’t kick the bucket and die, another thug like him would replace him, and the long nightmare of Algeria continues. If he is successful at fighting the security and military apparatus and imposes himself as the unique candidate again, well he will probably rule for a couple of more years and then dies in office. Either way, it’s a lose-lose situation for Algeria.

There is something that foreign observers of Algeria needs to understand: Nothing seems as it looks, and nothing looks as it seems. In theory, Algeria is a democracy with a vibrant and even sometimes rambunctious political parties. However, in reality and practice, power has always been confined to a small secretive inner-circle of military and security men. All that civilian power is a shiny coast of veneer to provide the regime with some legitimacy on the international scene.  So If Bouteflika doesn’t dies or doesn’t run for another term, his successor will most likely be chosen behind closed doors and away from any popular input and accountability because this is where resides the real power in Algeria.

The real power in Algeria is like a vampire always hidden from the sun and abhors transparency and accountability. The real political competition in Algeria is not at the ballot box, but it is between Bouteflika and his clan, and the military-intelligence services and their clan. Briefly stated, the real tug-of-war over power–therefore the control over oil rent–is between General Mohammad Mediène, aka Toufiq, and Bouteflika. And whoever wins, will be the ruler. Anything else is a pure show.

37047_594170713935746_1176416893_n

How do you keep the population from uprising and claiming transparency? Well, open up social spending, subsidize everything, and engage in systemic and systematic disinformation.

In describing what Stalin was able to do in Russia during WWII and the post-period, and how he was able to make the Russian people tacitly accept his dictatorial rule, the great British historian Alan Charles Bullock said the following

“No one understood better than Stalin that the true object of propaganda is neither to convince nor even to persuade, but to produce a uniform pattern of public utterance in which the first trace of unorthodox thought immediately reveals itself as a jarring dissonance.”

Well, in Algeria, 50 years of systematic and systemic social, religious, economic, and especially intellectual charlatanism and “charlatanization” of the Algerian people has produced a uniform pattern of public utterance in which the first trace of unorthodox thought immediately reveals itself as a jarring dissonance. Therefore, even if the people are unhappy, they accept the dictate because they are incapable of imagining by themselves and for themselves an alternative model of governance; because they have built their lives and livelihood on a system that has no rules; because they have grown accustomed to anarchy, chaos, thievery; and because most Algerians have become a thieving, conniving, and corrupt people. So any change in Algeria has to be more than political. Any change has to be so drastic and so radical that it will need to shake the very foundations of the country, of our history, of our social and political structure. And this change, ladies and gentlemen, can only be violent, bloody, and with a long period of unrest.

So, let me comfort my dear DRS readers who have been bombarding me with hateful emails and messages. I know that you are reading every post i write, and thank you for that. At least you sleep less stupid every time you read my posts. But i leave you with  Churchill’s warning about change. He said “We must take change by the hand or rest assuredly, change will take us by the throat.” So you have the choice. You either take change and guide it, or it will take you and claim you as a victim.

Algeria: La Victoire du FLN aux élections locales. Le Pourquoi.

December 4, 2012 1 comment

Everyone seems to be surprised that the FLN, this old and discredited party, keeps on winning and keeps on being the first and most important party in Algeria. The media are bamboozled, the talking-heads are rolling their eyes, and raising their hands in total disbelief, and the inept and non-existent political opposition is accusing the FLN of electoral fraud, belligerent campaigning, and unbecoming behavior. Well, let me tell you right now: all of these is total bull-crap.

The FLN won and its victory is pretty much legitimate because the FLN is an institution in the classic sense. And as such, it is sticky. So, a more appropriate title would’ve been: “It’s the institution, stupid!”

And everyone who doesn’t acknowledge and/or understand this victory has no understanding of what a political party is, and what it does, and for what purpose it exists. If you are among the idiots who believe this nonsense, like our newspapers and media personalities, I urge you to go read some books and educate yourself on the topic.

The question is why the FLN won? What’s it about this party that allows it to win? And that, ladies and gentlemen, is because the FLN is a real party. It has a brand name. It has owned issues for as long as Algeria has been independent. It has an organizational structure and framework that allows it to exist and be present in every wilaya, city, municipality, county, and village in the country. It has a base of faithful, although this base is not what it used to be. It has a hierarchy that pretty much dictates and delineates the paths toward career advancement, although we can’t discount the important role of corruption and nepotism here. Briefly stated, the FLN looks like a party, functions like a party, behaves likes a party, walks like a party, and talks like a party. Hence, it is a party. In a country where most political parties are paper-tigers, being a real party is a big plus.

Yes, the FLN is an old discredited party. Yes, the FLN is chuck full of corruption and nepotism. Yes, the FLN is the party of the past, an archaic and antiquated party. Yes, the FLN hasn’t had one single new and innovative idea since November 1, 1954. Yes, the FLN is a broken political clock that gets the time right twice a day. Nevertheless, the FLN is a party in the electorate; it is a party as an organization; and it is a party in government. And as such, it is the only political party in Algeria right now that has these features. The rest of the parties of the opposition or in whatever place they want to be have never bothered to build their parties nationally and provide them with serious structures and organization. Granted, the FLN party-identification numbers are not that great, but they exist; they are not fictional, and that’s what allows this party to win. The rest of the opposition exists on paper, and nowhere else.

Corruption, ineptitude, and archaism do not cause huge and consecutive electoral defeats and major realignments of the electorate. It is only the loss of the brand of a given party, and the loss of its institutional structure, which is geared for victory, that causes the collapse of a political party. The last two features are very strong within the FLN, and that’s why the FLN wins.

Concernant le film anti-Islam, manifestations en Libye/Egypte & la réaction de Mitt Romney.

September 14, 2012 3 comments

Juan Cole posted on his blog an excellent analysis of the movie that caused such an uproar in Libya, Egypt, and Muslim countries. He investigated in details (and with links)  the origin of the movie, who shot it, who funded it, and for what purpose. As we already know, the U.S. government is in no way or shape linked to the production and/or promotion of this movie. Moreover, the U.S. government, federal and/or state, cannot shut down or ban this movie because it has no constitutional basis for doing so. Yes ladies and gentlemen, the first amendment protects your right to be a jackass.
So without further do, i let you read Juan Cole’s article.

Romney Jumps the Shark: Libya, Egypt and the Butterfly Effect

The late science fiction writer Ray Bradbury authored a short story about time travelers. They were careful, when they went back to the Jurassic, not to change anything, but one of them stepped on a butterfly. When they got back to the present, the world was slightly different.

When scientists studying complexity put forward the idea that small initial events could have large effects in non-linear, dynamic systems like the weather, they chose the term ‘butterfly effect.” One of the images students of weather instanced was that a butterfly flapping its wings might set off minor turbulence that ultimately turned into a hurricane. (In the older model of Newtonian physics, small events have small effects and large events have large effects, so you wouldn’t expect a minor action to produce big changes).

So the Associated Press did a careful investigation of the ‘Sam Bacile’ who supposedly directed the hate film, ‘The Innocence of Muslims.’ And AP found that probably he does not exist, but is a persona used by a convicted Coptic Egyptian fraudster, Nakoula Bassely Nakoula.

But the story gets more complex. Nakoula had Coptic and evangelical associates in the shooting of the film, including Steve Klein, a former Marine and current extremist Christian who has helped train militiamen in California churches and has led “protests outside abortion clinics, Mormon temples and mosques.” My guess is that most of the Egyptian Copts involved are converts to American-style fundamentalism.

The Egyptian Coptic church has roundly condemned the hateful film they made smearing the Prophet Muhammad.

Anyway, the bigotry of the edited film, directed at Muslims, is part of a movement of religious prejudice that also targets . . . Mormons.

Mitt Romney may want to rethink his ‘visceral’ reaction to the US embassy in Cairo’s tweet condemning the group’s hate speech.

Then it turns out that the film was shot in such a way that there was originally no mention of the Prophet Muhammad in the script, and the cast had no idea what they were getting themselves into, and then the name of Muhammad was clumsily dubbed into the final edit.

So, the film was from the beginning a fraud. It was directed by a fraud. It was promoted by a militia trainer. And Nakoula marketed it fraudulently as the work of a fictitious Israeli-American Jewish real estate agent, ‘Sam Bacile,’ and falsely said it had been funded by “a hundred Jewish donors.”

The group behind the film, in other words, managed to evoke all the classic themes of anti-Semitism as a way of disguising the Coptic and evangelical network out of which the ‘film’ came. When they weren’t busy picketing Mormons and defaming Muslims they were trying to get Jews killed for their own smears of Islam!

Of course, given the strident hatred of Muslims promoted by a handful of Jewish American extremists such as Pamela Geller, David Horowitz, Daniel Pipes and others, in which they gleefully join with white supremacists and Christian fundamentalists, it was only a matter of time before their partners in hate turned on them and used them.

The bad, dubbed ‘film’ only had one theater showing in some dowdy place in LA. Then in July the group had the trailer for it dubbed into Arabic with subtitles as well, and put it on Youtube, where it was found by strident Egyptian Muslim fundamentalist Sheikh Khaled Abdallah, who had it shown on al-Nas television and caused the sensation that led to Tuesday’s demonstrations in Cairo and Benghazi. As I argued yesterday, the vigilante extremists or ‘jihadis’ have been left on the garbage pile of history by the democratic elections in Egypt and Libya, and are whipping up the issue of this film in a desperate attempt to remain relevant.

Aware of the building sensation about the film, an employee of the US embassy in Cairo condemned it as hate speech before the rally began outside its premises.

In other words, this is a non-film and a non-story, a fraud, promoted by the worst people in each culture.

In Cairo, the rally allegedly got out of hand because the Ultras or soccer ruffians joined in, and they were probably the ones who tore down the American flag and ran up a black Muslim-fundamentalist one. Ultras are not fundamentalists but they are mischievous and resent authority, so a superpower that backs the army and police they hate might be a target of their wrath. There may have also been a handful of al-Qaeda supporters there, not surprising on the anniversary of September 11. The crowd at the American embassy was tiny by Egyptian protest standards.

In Benghazi, Hadeel Al Shalchi got the story. She talked to Libyan special forces members who explained that there were three stages to the events there. First, there was a demonstration. Then when the police and consulate guards tried to curb it, the demonstrators got angry and some of them went for guns and a rocket propelled grenade, so that the consulate was set on fire and looted. It was at that second stage that US ambassador Chris Stevens and another diplomat were killed (Stevens inhaled too much smoke in the fire and the other man was shot). Stevens’ death is a great tragedy and irony, since he was liaison to the transitional national council during the Libyan revolution and many Libyans lionize him. Why in the world he was in an insecure minor consulate in a provincial city on September 11 is a mystery to me.

Then 37 embassy personnel escaped to a rural safe house. The Libyan special forces commander charged with evacuating them to Tripoli at first was stymied by not having enough vehicles for so many people. Then the safe house came under fairly precise mortar fire from members of an al-Qaeda affiliate operating in Benghazi, which must have been surveilling consular personnel. Finally, the Libyan government forces got the Americans to the airport and they flew back to the capital of Tripoli.

It should be remembered that Libyan forces fought and risked their lives to protect Americans. In opinion polling in Eastern Libya, the United States has a 60% favorability rating, while the Salafis or hard line Muslims stand at only 28% favorable.

It was while all that was going on in Cairo and Benghazi that Mitt Romney took it into his head to condemn Barack Obama for the tweet issued by the Cairo embassy before the demonstration. He alleged that Obama had *reacted* to the embassy attacks by showing some sympathy for the attackers. This allegation is untrue and absurd, but Romney and his running mate Paul Ryan went on repeating it all day Wednesday.

Romney was caught on camera walking away from that shameful performance with a shark-like grin on his face. Since he was talking about matters of life and death, the expression was inappropriate. But a darker theory is that he was grinning about having stuck it to Obama.

Romney’s politicization of September 11 and of the horrible events in Benghazi was poorly received among opinion leaders, including prominent Republicans, and some observers suggest that this miscalculation may have been a decisive nail in the coffin of his sputtering campaign.

Meanwhile, the Libyan government apologized for and vehemently condemned the attack on the consulate and the killing of its personnel. And, on Wednesday Libyans staged pro-American demonstrations in several cities.

In Egypt, in contrast, small demonstrations were held again in front of the US embassy, until police pushed the activists back. When, on Thursday morning, protesters set two cars afire with Molotov cocktails, police arrested 12 of them. The police have the embassy surrounded and have closed the roads leading to it in Garden City.

Egyptian President Muhammad Morsi, a leader of the Muslim Brotherhood, fell short of strongly condemning the Cairo and Benghazi attacks. Late on Wednesday the Muslim Brotherhood finally retweeted comments of one of its other leaders, Khairat al-Shater, in condemnation of the attacks. Nevertheless, the Brotherhood is sponsoring rallies protesting the film on Friday, a ‘day of rage.’ Morsi is no doubt worried that religious and political currents to his right will outflank him on the issue of the blasphemous film and its American provenance. But Morsi has a Ph.D. from the US and surely knows that the US government cannot suppress films, and it is shameful that he did not condemn forthrightly the killing of Ambassador Stevens and the others.

In Tunisia, Salafis rallied on Wednesday in front of the US embassy, but were fairly quickly dispersed by police deploying tear gas. Tunisian president Moncef Marzouki denounced the killing of Stevens and the others as an “act of terrorism.”

So the Butterfly Effect set off by a low-budget bad propaganda film gotten up by two-bit frauds and Christian supremacists, and then promoted by two-bit Egyptian and Libyan fundamentalists, has provoked some squalls and cost the lives of four good men.

The storm provoked by this butterfly has revealed character on an international scale. The steely determination of an Obama to achieve justice, the embarrassing grandstanding of a Romney, the destructive hatred of a handful of extremists in Cairo and Benghazi, and the decency and warmth toward the US of the Libyan crowds, all were thrown into stark relief by the beating of the butterfly’s wings.

In the end, the violence and extremism of the hardliners on both sides is a phantasm of the past, not a harbinger of the future. The wave of democratic politics sweeping the region has left the haters behind, reducing them to desperate and senseless acts of violence that will gain them no good will, no popularity, no political credibility.

A little-noted major event of Wednesday was the democratic selection of a new prime minister in Libya for the first time in the country’s history. Mustafa Abushagur defeated the Muslim Brotherhood candidate handily. Abushagur for a long time taught college in the US, at the University of Alabama Huntsville. Libyans again showed themselves nationalist and non-fundamentalist. This remarkable achievement, and what it portends for the shape of Libyan politics, will be drowned out by the atrocity in Benghazi, but it is the development that is likely to be marked by future historians as a turning point in Libya and in the Middle East.

Le charlatanisme et le médiévalisme

August 19, 2012 18 comments

130 ans de colonialisme et 50 ans de kleptocratie ont fait de ce peuple une bande de charlatans. Il n’y a ni une élite commerciale, ni une élite intellectuelle, ni une élite universitaire, ni une élite politique, ou même une élite religieuse. Pas d’élite tout court. L’Algerie est un pays qui est rongé par le charlatanisme et le médiévalisme du nord au sud et de l’est à l’ouest.

Je vous laisse apprécier les conseils de ce charlatan sur le mariage.

Algerie: Les élections législatives, quelle blague!

May 10, 2012 7 comments

What do you want me to tell you about the legislative elections. You know already my opinion about this sad masquerade ball. Nothing will come out of these elections. Nothing. Maybe if the turnout rate is very low, these elections would solidify the fact that the Algerian people has rejected this power and continues to reject it. Any other political analysis is just an asinine attempt at putting some lipstick on a pig.

But we need to laugh and these elections have been a constant source of laughter for me. From the ridiculous stumps speeches, to the unbelievable number of electoral lists  to the hilarious political ads, this campaign was a vaudeville slapstick comedy. The Three Stooges wrapped in a Buster Keaton comedy and the whole thing is directed by the sinister and satirical eye of Tim Burton. If you don’t believe me, watch this video. The president, Bouteflika, shows up to vote with a little kid wearing a suit and a tie–already this is creepy. The mummified president, moving at the glacier speed, spends more than 3 minutes gathering all the electoral lists. This goes on and on until he felt the need to stop for a breather. I mean, this is ridiculous. I counted at least 35 electoral lists in that district and i am told that in the Wilaya of Msila, there are 48 lists. Come on folks, after reading this and watching this hilarious piece of comedy, do you really need an analysis? Just sit, watch, and laugh. Nothing will change, everything will worsen, and the nightmare will continue. FYI, i am not a pessimist at all. I am just a realist.

“The Mummy,” A slapstick comedy featuring the president Bouteflika

By the way, If you don’t laugh watching this, you need to go find your sense of humor because you have lost it.

France: Mohammed Merah, la victime de la République.

March 31, 2012 11 comments

So let’s talk about Mohamed Merah (for my American readers and followers who are not up-to-date on this story here is a CNN link and BCC top 10 articles on this incident, which should be enough to bring you up to speed). I didn’t want to write anything about this story for the simple reason that I thought it didn’t need more attention that it already had. However, after reading whatever was written on this terrorist/murder/killing-spree incident, and watching news summaries linked to it, I noticed something that bothered me a lot; something that was missing from the debate surround this incident.  The way the whole story was presented was as if Merah and what he did was sui generis; he came out of nowhere; those incidents were not caused by any structural and/or institutional variables. For French politicians, pundits, and blowhards alike, Merah was just like Jesus; both men were the result of an immaculate conception. However, Merah’s immaculate conception was neither biological nor divine;  it was institutional and structural conception. For them, Merah just hated so much the Jews and the French soldiers, and loved so much radical Islam that he woke up one day and decided to kill some Jews and some soldiers. This explanation is as misleading as idiotic.  No one has yet to ask: how did Merah get to this point? What are the structural reasons? Are there institutional causes? No one wants to ask these tough questions because no one likes or wants to hear the answers.

Because of this, I decided to bestow on Mohammed Merah the status of victim. Yes, he was actually a victim, and no one dared to say it. But how can I say that Merah was a victim when he was allegedly accused  (I am using “allegedly” because the courts and/or the prosecutors have not yet indicted and/or charged Merah with these crimes) of killing 3 Jewish kids, 3 soldiers and 1 adult male? Have I lost my mind? Have I lost all sense of compassion for the victims? Am I justifying these horrendously inhumane crimes? No, I have not and i do not by any stretch of the imagination. Merah is as much a killer as he is a victim. He is victim of the French Republic; he is the victim of his own name, his own skin color, of his own accent, of his own religion, of his own appearance, of his own history, of his own socioeconomic situation, of his own culture, and of his own identity.  Everyone of these aspects of his victimhood (or victimology as criminalists would called it) were aggravated, manipulated, isolated, amplified and used against Merah by the French Republic to shame him, to isolate him, to degrade him, to debase him, to dehumanize him, and to strip him of any honor and any pride in himself, his family, his community, and his country.

Merah was an outcast living in a society that despised his forefathers, his fathers, and despised him. He was living in a country that dehumanized his forefathers, his fathers, and dehumanized him. He grew up seeing his parents disrespected and afraid of whom they are.  He was probably ashamed of his father’s accent, his grammar mistakes, and he wanted so much his daddy to just speak like a “normal” Frenchman. As a young kid in school, Merah had probably asked himself several times, “why don’t I have blue eyes and a fair skin? Why is my name so different and so hated and synonymous with ugliness and poverty? If only my name was Francois or Jacques or Pierre, and I had fair skin and blue eyes, I wouldn’t be living in these dire conditions.”

Merah was ashamed of his religious tradition because he was told repeatedly that Islam is an evil and backward religion. He was told that the hijab that his grandmothers wore for years, and probably his mother too, wasn’t a religious practice, but a sign of proselytism, fanaticism, and inferiority that was not welcome in the Republic. He was told that the Republic would fight and criminalize his religious tradition. He was told that he lived in a secular country, yet he noticed that Catholic holidays are recognized and celebrated while his are demeaned and forgotten. He was told that he lived in a country that did not distinguish at all between all religions, yet he watched his father pray in a dilapidated cave-like make-shift mosques while churches are erected at every corner like majestic architectural marvels.

Merah was ashamed of his history and the history of his community because his forefathers migrated to France as second-class indigenous Muslims who were neither Algerians nor French.  Politically speaking, his fathers and grandfathers were bastards as far as the French Republic was concerned.  And even when his father embraced the Republic and became a French citizen, the Republic never embraced him back. In fact, the Republic fought his father’s religion and origin and wanted him to erase his distinctiveness and live in a cultural, religious, ethnic, and linguistic vacuum; a no-man’s-land identity where he could neither prosper as a French citizen nor could he be proud of his Algerian heritage. So his father was just like his grandfather: a bastard of the Republic. This didn’t change with Merah. Although he is of this new generation, these young beurres who were born in 1980s and 1990s and think they are fully assimilated into the French societal fabric. But to Merah great sadness and psychological despair, he discovered that to be assimilated in the French societal fabric he needed to radically change and become someone else. He found out that speaking French without an accent wasn’t enough. He needed to strip himself of his religion, his past, his culture, and hide who he really is so deep in the confines of his psyche that no one would dare call him anything else but French. But every time Merah rode the train, he was reminded that he didn’t look “French”. Every time he wanted to talk to a pretty “French” girl, he was reminded of his origins.  Every time he crossed the path of a cop, he was reminded that he was presumably guilty, not innocent. Every time he watched politicians on the news, he was reminded of his second-class citizen status. Every time he listened to the minister of Interior (to all of ministers of Interior since 1970s), he was reminded that he and his parents belonged to a backward civilization.  Every time he watched his president campaign, he felt that he was just a guest in a foreign country; that he was just an electoral merchandize bartered around between the radical right and the extreme right. Briefly stated, Merah was not French, though he has no other citizenship. He was never French not because of the lack of wanting to be French, but because the French Republic and the French society refused to accept him or accept any of his heritage with respect, dignity, and equality.

See, to be assimilated in the cultural and the sociopolitical fabric of a country, that country has to assimilate you and accept your culture, your ethnicity, and your tradition as well. Assimilation works both ways. Assimilation is an endogenous phenomenon; you embrace a country, and at its turn, the country embraces you too.  In the case of Merah and many like him, assimilation meant one thing: leave who you are behind and wear this new foreign suit hoping that the suit would fit you. After a while, Merah felt like a clown who was acting his part in a circus called France. The problem was that Merah was just acting the part, not living or becoming the part.  This daily dissociation from reality is hard to maintain, and if a person is not psychologically strong, that person could start looking for alternatives. Unfortunately for Merah, he found an alternative to the republic. A radical and perverted form of a religious belief that provided him with an easy explanation and designated an already guilty target. That’s the whole story of Merah and that is the story that no one is telling out there. No, it is not about Islam and radical fanaticism. It’s all about the Republic and its failed models of integration and assimilation. Yes, Merah pulled the trigger and there is no doubt about that, but we need to backup a little, get our story straight, and determine how he got to that decision. In the case of Merah, genetics loaded the gun, his cultural, social, and political environment aimed the gun, and the French Republic pulled the trigger.

Les Guignols de L’Info: Les journalistes les plus professionnels en France

March 20, 2012 17 comments

It is awkward to watch French journalists interviewing Nicolas Sarkozy. They look nervous, flustered, incoherent, and most importantly, they look like a bunch of amateurs. They don’t ask the questions that need to be asked of an incumbent president. They don’t talk about his record. They let Sarkozy lead the interview, answer the questions he wants to answer, and ask himself questions and then answer them, and so on. It’s a pitiful spectacle. It is no longer journalism; it’s idolatry.

Take for example Franz Olivier Giesbert, supposedly a famous journalist with the magazine Le Point. In his last interview of Sarkozy, Mr. Giesbert asked the incumbent president–it wasn’t really a question, or a comment or rhetorical question, quite honestly, i really don’t know what he was doing–about his sad eyes. He said, “je vois de la tristesse dans vos yeux!” Oh my goodness! Is that a question or a love declaration? Instead of asking the president about his flip-flopping on many of his previous positions and policies, or on the aggressive tone of his campaign, or on his numerous lies on the campaign trail, or on his record/plan to fight France’s chronically high unemployment rate, Mr. Giesbert asked about the president’s eyes. Wasn’t that a heartwarming question? I literally cringed when i heard that comment/question/whatever you want to call it. Would that be a question that Joe Nocera or Nicholas D. Kristof of the New York Times would ask? Would that be a question that Mike Wallace or Steve Kroft or Scott Pelley of 60 Minutes would ask? No, they would not because those questions allow the interviewed to gain control of the interview, to lead it, to have the upper hand, and therefore, to escape and avoid answering the most pertinent questions. Instead, Sarkozy gets asked softball questions and he gets to knock them out of the park. The man has yet to answer one hard question on his record or on his campaign. No one has yet to date to ask him the tough question(s).

Don’t get me wrong, Franz Olivier Giesbert is not the only stupid journalist in France. There are plenty of them–especially on television–and all of them seem to be awestruck when they have the incumbent president Sarkozy in front of them. They really remind me of those teenage girls who yell and scream and cry when they meet Justin Beiber or their pop music idol. They are ridiculous. It’s a shameful spectacle that degrades the noble profession of journalism.

However, there are still journalists in France who do their job and ask the real questions, and try to highlight the flagrant inconsistencies and contradictions of Sarkozy the candidate. They are just not human. They are figurines made out of rubber, foam, plastic, and fake hair. Yes, those journalists are the puppets of Canal Plus, also known as Les Guignols de L’Info. They are the only professional journalists in France or what is left of professional journalism in that country. They wrap and mix serious questions with satire, laughter, and jokes, but their questions are right on the money; and they are deadly serious.

These two short clips posted below show one very important thing that no journalist in France has yet to highlight. Les Guignols point to the most obvious, to the biggest elephant in the room: the contradictions, the lies, and the inconsistencies in Sarkozy’s campaign and record. They do that in a very clever and yet accurate way. I think that all journalists in France should sit down, shut up, watch a few clips, take notes, and then try to be as professional as les Guignols de l’Info.

En 2012, je change tout sauf les shoes (courtesy of Canal+.fr)

Nicolas Sarkozy peut-il faire oublier Nicolas Sarkozy (courtesy of Canal+.fr)

Algerie: Les Accords d’Evian, le texte intégral

March 18, 2012 Leave a comment

Courtesy of : Le Trésor de la langue française au Québec (TLFQ); Université Laval, Québec.

http://www.tlfq.ulaval.ca

Le texte intégral a été publié dans Le Monde du 20 mars 1962. Cependant, le texte publié du côté algérien (dans le El Moudjahid du 19 mars 1962) comporte quelques variantes, notamment dans la dénomination des deux parties. Ainsi, le texte algérien porte la mention «Gouvernement provisoire de la République algérienne» (GPRA), alors que le texte français écrit «FLN». Or, c’est avec le FLN qu’a traité le gouvernement français, non le GPRA, dont il a toujours nié la représentativité.

I – ACCORD DE CESSEZ-LE-FEU EN ALGÉRIE

ARTICLE PREMIER

Il sera mis fin aux opérations militaires et à toute action armée sur l’ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962, à 12 heures.

ART. 2

- Les deux parties s’engagent à interdire tout recours aux actes de violence collective et individuelle.
– Toute action clandestine et contraire à l’ordre public devra prendre fin.

ART. 3

- Les forces combattantes du FLN, existant au jour du cessez-le-feu se stabiliseront à l’intérieur des régions correspondant à leur implantation actuelle.
– Les déplacements individuels des membres de ces forces en dehors de leur région de stationnement se feront sans armes.

ART. 4

Les forces françaises stationnées aux frontières ne se retireront pas avant la proclamation des résultats de l’autodétermination.

ART. 5

Les plans de stationnement de l’armée française en Algérie prévoiront les mesures nécessaires pour éviter tout contact entre les forces.

ART. 6

En vue de régler les problèmes relatifs à l’application du cessez-le-feu, il est créé une Commission mixte de cessez-le-feu.

ART. 7

La Commission proposera les mesures à prendre aux instances des deux parties; notamment en ce qui concerne:
– la solution des incidents relevés, après avoir procédé à une enquête sur pièces;
– la résolution des difficultés qui n’auraient pu être réglées sur le plan local.

ART. 8

Chacune des deux parties est représentée au sein de cette Commission par un officier supérieur et au maximum dix membres, personnel de secrétariat compris.

ART. 9

Le siège de la Commission mixte du cessez-le-feu sera fixé à Rocher-Noir.

ART. 10

Dans les départements, la Commission mixte du cessez-le-feu sera représentée, si les nécessités l’imposent, par des commissions locales composées de deux membres pour chacune des parties, qui fonctionneront selon les mêmes principes.

ART. 11

Tous les prisonniers faits au combat détenus par chacune des parties au moment de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, seront libérés; ils seront remis dans les vingt jours à dater du cessez-le-feu aux autorités désignées à cet effet.
Les deux parties informeront le Comité international de la Croix-Rouge du lieu du stationnement de leurs prisonniers et de toutes les mesures prises en faveur de leur libération

II – DÉCLARATIONS GOUVERNEMENTALES DU 19 MARS 1961
RELATIVES À L’ALGÉRIE

A) DÉCLARATION GÉNÉRALE

Le peuple français a, par le référendum du 8 janvier 1961, reconnu aux Algériens le droit de choisir, par voie d’une consultation au suffrage direct et universel, leur destin politique par rapport à la République française.

Les pourparlers qui ont eu lieu à Evian, du 7 mars au 18 mars 1962 entre le gouvernement de la République et le FLN., ont abouti à la conclusion suivante.

Un cessez-le-feu est conclu. Il sera mis fin aux opérations militaires et à la lutte armée sur l’ensemble du territoire algérien le 19 mars 1962, à 12 heures.

Les garanties relatives à la mise en œuvre de l’autodétermination et l’organisation des Pouvoirs publics en Algérie pendant la période transitoire ont été définies d’un commun accord.

La formation, à l’issue de l’autodétermination d’un État indépendant et souverain paraissant conforme aux réalités algériennes et, dans ces conditions, la coopération de la France et de l’Algérie répondant aux intérêts des deux pays, le gouvernement français estime avec le FLN, que la solution de l’indépendance de l’Algérie en coopération avec la France est celle qui correspond à cette situation. Le gouvernement et le FLN ont donc défini d’un commun accord cette solution dans des déclarations qui seront soumises à l’approbation des électeurs lors du scrutin d’autodétermination.

CHAPITRE PREMIER

De l’organisation des Pouvoirs publics pendant la période transitoire et des garanties de l’autodétermination

a) La consultation d’autodétermination permettra aux électeurs de faire savoir s’ils veulent que l’Algérie soit indépendante (la question ne sera pas posée lors du scrutin, le seul choix sera Indépendance associée à la France ou sécession ) et, dans ce cas, s’ils veulent que la France et l’Algérie coopèrent dans les conditions définies par les présentes déclaration.

b) Cette consultation aura lieu sur l’ensemble du territoire algérien, c’est-à-dire dans les quinze départements suivants: Alger, Batna, Bône, Constantine, Médéa, Mostaganem, Oasis, Oran, Orléansville, Saida, Saoura, Sétif, Tiaret, Tizi-Ouzou, Tlemcen.
Les résultats des différents bureaux de vote seront totalisés et proclamés pour l’ensemble du territoire.

c) La liberté et la sincérité de la consultation seront garanties conformément au règlement fixant les conditions de la consultation d’autodétermination.

d) Jusqu’à l’accomplissement de l’autodétermination, l’organisation des Pouvoirs publics en Algérie sera établie conformément au règlement qui accompagne la présente déclaration. Il est institué un Exécutif provisoire et un Tribunal de l’ordre public.
La République est représentée par un haut commissaire.
Ces institutions et notamment l’Exécutif provisoire seront installées dès l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

e) Le haut commissaire sera dépositaire des pouvoirs de la République en Algérie, notamment en matière de défense, de sécurité et de maintien de l’ordre et en dernier ressort.

f) L’Exécutif provisoire sera chargé notamment:

- d’assurer la gestion des affaires publiques propres à l’Algérie. Il dirigera l’administration de l’Algérie et aura pour mission de faire accéder les Algériens aux emplois dans les différentes branches de cette administration;
– de maintenir l’ordre public. Il disposera, à cet effet, des services de police et d’une force d’ordre placée sous son autorité;
– de préparer et de mettre en œuvre l’autodétermination.

g) Le Tribunal de l’ordre public sera composé d’un nombre égal de juges européens et de juges musulmans.

h) Le plein exercice des libertés individuelles et des libertés publiques sera rétabli dans les plus brefs délais.

i) Le FLN, sera considéré comme une formation politique de caractère légal.

j) Les personnes internées tant en France qu’en Algérie seront libérées dans un délai maximum de vingt jours à compter du cessez-le-feu.

k) L’amnistie sera immédiatement proclamée. Les personnes détenues seront libérées.

l) Les personnes réfugiées à l’étranger pourront rentrer en Algérie. Des Commissions siégeant au Maroc et en Tunisie faciliteront ce retour.
Les personnes regroupées pourront rejoindre leur lieu de résidence habituel.
L’Exécutif provisoire prendra les premières mesures sociales, économiques et autres destinées à assurer le retour de ces populations à une vie normale.

m) Le scrutin d’autodétermination aura lieu dans une délai minimum de trois mois et dans un délai maximum de six mois. La date en sera fixée sur proposition de l’Exécutif provisoire dans les deux mois qui suivront l’installation de celui-ci.

CHAPITRE II

De l’indépendance et de la coopération
Si la solution d’indépendance et de coopération est adoptée,
Le contenu des présentes déclarations s’imposera à l’État algérien.

A) DE L’INDÉPENDANCE DE L’ALGÉRIE

I. – L’État algérien exercera sa souveraineté pleine et entière à l’intérieur et à l’extérieur.

Cette souveraineté s’exercera dans tous les domaines, notamment la défense nationale et les affaires étrangères.

L’État algérien se donnera librement ses propres institutions et choisira le régime politique et social qu’il jugera le plus conforme à ses intérêts.

Sur le plan international, il définira et appliquera en toute souveraineté la politique de son choix.

L’État algérien souscrira sans réserve à la Déclaration universelle des Droits de l’homme et fondera ses institutions sur les principes démocratiques et sur l’égalité des droits politiques entre tous les citoyens sans discrimination de race, d’origine ou de religion. Il appliquera, notamment, les garanties reconnues aux citoyens de statut civil français.

II – Des droits et libertés des personnes et de leurs garanties

Dispositions communes

Nul ne pourra faire l’objet de mesures de police ou de justice, de sanctions disciplinaires ou d’une discrimination quelconque en raison:

- d’opinions émises à l’occasion des événements survenus en Algérie avant le jour du scrutin d’autodétermination;
– d’actes commis à l’occasion des mêmes événements avant le jour de la proclamation du cessez-le-feu.
– Aucun Algérien ne pourra être contraint de quitter le territoire algérien ni empêché d’en sortir.

Dispositions concernant les citoyens français de statut civil de droit commun
(Les Pieds noirs)

a) Dans le cadre de la législation algérienne sur la nationalité, la situation légale des citoyens français de statut civil de droit commun est réglée selon les principes suivants.
Pour une période de trois années à dater du jour de l’autodétermination, les citoyens français de statut civil de droit commun:
– nés en Algérie et justifiant de dix années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l’autodétermination;
– ou justifiant de dix années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l’autodétermination et dont le père ou la mère né en Algérie remplit, ou aurait pu remplir, les conditions pour exercer les droits civiques;
– ou justifiant de vingt années de résidence habituelle et régulière sur le territoire algérien au jour de l’autodétermination, bénéficieront, de plein droit, des droits civiques algériens et seront considérés, de ce fait, comme des nationaux français exerçant les droits civiques algériens.
Les nationaux français exerçant les droits civiques algériens ne peuvent exercer simultanément les droits civiques français.
Au terme du délai de trois années susvisé, ils acquièrent la nationalité algérienne par une demande d’inscription ou de confirmation de leur inscription sur les listes électorales; à défaut de cette demande, ils sont admis au bénéfice de la convention d’établissement.

b) Afin d’assurer, pendant un délai de trois années, aux nationaux exerçant les droits civiques algériens et à l’issue de ce délai, de façon permanente, aux Algériens de statut civil français (Les Pieds Noirs), la protection de leur personne et de leurs biens, et leur participation régulière à la vie de l’Algérie, les mesures suivantes sont prévues :

Ils auront une juste et authentique participation aux affaires publiques.
Dans les assemblées, leur représentation devra correspondre à leur importance effective. Dans les diverses branches de la fonction publique, ils seront assurés d’une équitable participation.
Leur participation à la vie municipale à Alger et à Oran fera l’objet de dispositions particulières.
Leurs droits de propriété seront respectés. Aucune mesure de dépossession ne sera prise à leur encontre sans l’octroi d’une indemnité équitable préalablement fixée.

Ils recevront les garanties appropriées à leurs particularismes culturel, linguistique et religieux. Ils conserveront leur statut personnel qui sera respecté et appliqué par des juridictions algériennes comprenant des magistrats de même statut. Ils utiliseront la langue française au sein des assemblées et dans leurs rapports avec les Pouvoirs publics. Une association de sauvegarde contribuera à la protection des droits qui leur sont garantis. Une Cour des garanties, institution de droit interne algérien, sera chargée de veiller au respect de ces droits.

B) DE LA COOPÉRATION ENTRE LA FRANCE ET L’ALGÉRIE

Les relations entre les deux pays seront fondées, dans le respect mutuel de leur indépendance, sur la réciprocité des avantages et l’intérêt des deux parties.

L’Algérie garantit les intérêts de la France et les droits acquis des personnes physiques et morales dans les conditions fixées par les présentes déclarations. en contrepartie, la France accordera à l’Algérie son assistance technique et culturelle et apportera à son développement économique et social une aide financière privilégiée.

Pour une période de trois ans renouvelable, l’aide de la France sera fixée dans des conditions comparables et à un niveau équivalent à ceux des programmes en cours.

Dans le respect de l’indépendance commerciale et douanière de l’Algérie, les deux pays détermineront les différents domaines où les échanges commerciaux bénéficieront d’un régime préférentiel.
L’Algérie fera partie de la zone franc. Elle aura sa propre monnaie et ses propres avoirs en devises. Il y aura entre la France et l’Algérie liberté des transferts dans des conditions compatibles avec le développement économique et social de l’Algérie.

Dans les départements actuels des Oasis et de la Saoura, la mise en valeur des richesses du sous-sol aura lieu selon les principes suivants:

a) La coopération franco algérienne sera assurée par un organisme technique de coopération saharienne. Cet organisme aura un caractère paritaire.
Son rôle sera notamment de développer l’infrastructure nécessaire à l’exploitation du sous-sol, de donner un avis sur les projets de loi et de règlements à caractère minier, d’instruire les demandes relatives à l’octroi des titres miniers : l’État algérien délivrera les titres miniers et édictera la législation minière en toute souveraineté

b) Les intérêts français seront assurés notamment par:

- l’exercice, suivant les règles du code pétrolier saharien, tel qu’il existe actuellement, des droits attachés aux titres miniers délivrés par la France;
– la préférence, à égalité d’offre, aux sociétés françaises dans l’octroi de nouveaux permis miniers, selon les modalités prévues par la législation minière algérienne;
– le paiement en francs français des hydrocarbures sahariens à concurrence des besoins d’approvisionnement de la France et des autres pays de la zone franc.

La France et l’Algérie développeront leurs relations culturelles.

Chaque pays pourra créer sur le territoire de l’autre un office universitaire et culturel, dont les établissements seront ouverts à tous.

La France apportera son aide à la formation de techniciens algériens.

Des personnels français, notamment des enseignants et des techniciens, seront mis à la disposition du gouvernement algérien par accord entre les deux pays.

III. DU RÈGLEMENT DES QUESTIONS MILITAIRES

Si la solution d’indépendance de l’Algérie et de coopération entre l’Algérie et la France est adoptée, les questions militaires seront réglées selon les principes suivants :

- Les forces françaises, dont les effectifs auront été progressivement réduits à partir du cessez-le-feu, se retireront des frontières de l’Algérie au moment de l’accomplissement de l’autodétermination ; leurs effectifs seront ramenés, dans un délai de douze mois à compter de l’autodétermination, à quatre-vingt mille hommes ; le rapatriement de ces effectifs devra avoir été réalisé à l’expiration d’un second délai de vingt-quatre mois. Des installations militaires seront corrélativement dégagées ;

- L’Algérie concède à bail à la France l’utilisation de la base de Mers El-Kébir pour une période de quinze ans, renouvelable par accord entre les deux pays ;

- L’Algérie concède également à la France l’utilisation de certains aérodromes, terrains, sites et installations militaires qui lui sont nécessaires.

IV. DU RÈGLEMENT DES LITIGES

La France et l’Algérie résoudront les différends qui viendraient à surgir entre elles par des moyens de règlement pacifique. Elles auront recours soit à la conciliation, soit à l’arbitrage. A défaut d’accord sur ces procédures, chacun des deux États pourra saisir directement la Cour internationale de justice.

V. DES CONSÉQUENCES DE L’AUTODÉTERMINATION

Dès l’annonce officielle prévue à l’article 27 du règlement de l’autodétermination, les actes correspondant à ces résultats seront établis.

Si la solution d’indépendance et de coopération est adoptée

- l’indépendance de l’Algérie sera immédiatement reconnue par la France

- les transferts de compétence seront aussitôt réalisés ;

- les règles énoncées par la présente déclaration générale et les déclarations jointes entreront en même temps en vigueur.

Algerie: 50 ans d’indépendance…

March 18, 2012 7 comments

A while ago, on this blog, i wrote a post titled “Algeria: 49 years of independence and nothing to show for“. Well, it’s no longer 49 years, but 50, and we still have nothing to show for. And when you don’t advance and progress, you are bound to regress. This is exactly what is happening in Algeria: a steady regression for 50 years now. Not to belabor the point of regression since my opinion is well-known to the readers of this blog, i think i am just going to let others speak for me.

Since this month is the 50th anniversary of the Evian Accords (here is a link for the original text of the accords–voici un lien pour le text intégral des accords), and to mark this occasion, the French newspaper, Liberation, asked two Algerian writers to pen to editorials analyzing the current situation in Algeria.  These are writers are Kamel Daoud and Leila Sebbar. The former is a journalist who writes for Le Quotidien d’Oran, and the latter is a writers who lives in Paris.  Well, what they say, describe, feel, and analyze is just damning. Well, i should just get out of your way, and let you read these 2 editorials.

Algérie : stade oral collectif

Par KAMEL DAOUD Ecrivain et journaliste au «Quotidien d’Oran»

Quel est le but de l’histoire algérienne ? Quand il y a un colon, le but, c’est chasser le colon. Mais quand il n’y en a pas ? Que faire quand on a bouté hors du pays le Français, l’Ottoman, l’Espagnol, le Romain ? Chasser l’Arabe aussi, disent certains. D’accord, sauf qu’il a été plus malin : l’«Arabe» se fond dans le décor au point où on ne sait pas le distinguer des autochtones. Meursault l’a tué, mais c’est Albert Camus qui en est mort. L’Arabe générique se cache dans les mentalités, les livres, il colonise encore, mais on n’arrive pas à le situer pour mieux le chasser. Et le pire, c’est quand des colonisés algériens se prennent pour le colon arabe d’il y a des siècles et revendiquent l’arabité comme une nationalité alors que c’est un mariage forcé.

Donc que fait un peuple lorsqu’il a son indépendance généralement ? Généralement, il construit : routes, logements, hôpitaux, enfants, robinets, etc. Tout ce que le colon lui a refusé. C’est ce qu’on a commencé par faire, les premières années, avant de s’en désintéresser : les Algériens ne construisent plus, aujourd’hui, que pour eux-mêmes, à l’échelle familiale. Pour le reste, c’est l’Etat qui s’en occupe, c’est-à-dire personne. Après deux ou trois décennies, on a compris qu’on ne sait pas construire et creuser et nettoyer et gérer. Du coup, on sous-traite l’indépendance : les Américains s’occupent du pétrole, les Français de l’eau, les Chinois des habitations et des chaussures, les Turcs du ciment, les Espagnols du transport ou des trous, etc. Nous sommes un peuple de vétérans de guerre. De plus en plus. Grand lutteur reconnu internationalement, le peuple algérien se devait d’être débarrassé des corvées domestiques (construire un pays) pour s’occuper de ce qu’il aime le plus : faire la guerre. On l’a fait tellement bien que, lorsqu’on a chassé le dernier colon en date, on n’a pas résisté à la possibilité de s’entretuer. 200 000 morts en une décennie. Presque 55 morts par jour. L’Algérien n’a jamais construit 55 logements par jour. Ni 55 barrages ni 55 mètres de route.

Le second sport consiste à se battre contre la France. Même quand elle n’est pas là. Se battre avec elle, chez elle, chez nous, au passé, au présent, après-demain, dans les cimetières et les airs. Pendant les débats, sur la tête d’un harki, de son fils ou le dos d’un mot et d’une stèle. Cela n’empêchera pas un Gulliver politologue, capable d’enjamber les océans, de se demander, en passant son chemin au-dessus de la fourmilière : «Que fait ce peuple dans la division internationale du travail ?» Quel est son métier ? Que va-t-il faire quand les Chinois et les autres nationalités importées auront tout construit, livré, achevé et pompé ? Qu’est-ce qui reste de valable dans cet endroit quand on enlève le pétrole et les martyrs et qu’on met en mode silencieux l’hymne national ? D’ailleurs, la bonne question est : «Qu’est-ce qu’une nationalité quand elle ne mange rien de national qu’elle-même ?» D’où l’histoire lue par le chroniqueur il y a quelques jours dans un journal arabophone algérien : l’histoire de Ali le Mordeur.

Fascinante histoire nationale, qui commence avec la guerre de Libération et finit dans une morsure. Le chroniqueur adore d’ailleurs les paraboles : ce sont les SMS des dieux depuis toujours. Donc, Ali le Mordeur, Algérien de 70 ans à peu près, est différent de Ali la Pointe. Le second est un jeune proxénète qui a basculé dans la lutte pour la Libération de l’Algérie et a fini héros national durant la fameuse bataille d’Alger en 1957. Il sera «plastiqué» dans sa cache du vieux quartier de la Casbah d’Alger. Il était beau, maquereau, avec des tatouages sur le corps selon la légende. «Zoubida Cheda Fellah» (1) sur la main gauche, «Marche ou crève» sur le pectoral gauche et «Tais-toi» sur le dessus du pied droit.

Selon la légende, Ali la Pointe doit son surnom au nom d’un quartier algérois, autrefois Haut-de-Pointe-Pescade, aujourd’hui nommé Bouzaréah. De Ali la Pointe qui a vécu vingt-sept ans, il resta un film, la Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (1966, un succès mondial), un quartier – la Casbah – et pas plus. Car les décolonisateurs sont devenus méchants et éternels, l’indépendance est une assiette, le peuple est retombé dans le statut de «sale Arabe» et les fellagha sont des jihadistes du GSPC (2). Cap donc sur la seconde histoire nationale.

Ali le Mordeur est donc plus vieux à cause de la bonne santé et de l’immortalité qu’assurent le pétrole et l’oisiveté aux Algériens. Selon le journal qui en rapporte l’histoire, Ali le Mordeur a découvert un jour qu’il possède cinq dents miraculeuses (cinq incisives contrairement au reste de l’humanité selon les témoins) qui lui ont permis de guérir son frère, qui souffrait de rhumatismes, en le mordant et en lui crachant dessus. Cela s’est passé en 1965. Aujourd’hui, Ali est vieux et s’est installé depuis quarante ans à Biskra, une ville du Sud algérien, et mord des dizaines de personnes par jour en salivant sur leurs maux : celles souffrant du dos, de sciatique, de rhumatismes, des articulations. Il en est heureux et ses clients aussi qui gémissent quand il les mord pour leur bien et les enduit de sa salive dite miraculeuse. Ceci pour la fable. Pour l’anthropologue, Ali est ce qui lie donc, désormais, le plus les Algériens les uns aux autres : la morsure. Dévorante ou miraculeuse.

Depuis «00 h 1962», heure zéro de l’Indépendance, le peuple mord et mange. Cela se voit dans l’architecture des cités barils (3) rampant sur les champs, les trottoirs squattés par les vendeurs à la sauvette (des Bouazizi sans martyr ni envie de l’être), aux déboisements, à l’avancée du désert, le dépeuplement intime. Les Algériens ont, en effet, un rapport carnivore à leur terre : elle se dévore. «Ils l’ont mangée» (K’law’ha), disent les Algériens nés trop tard quand ils regardent les anciens, les décolonisateurs, les plus rapides. Les aînés et leurs officiers gardiens qui s’en servent comme des reliques de légitimité dite révolutionnaire. Le mot vaut aussi pour un nombre incalculable de conjugaisons et de synonymes envieux et tristes : manger quelqu’un, une terre, contourner, éroder, inviter, se disputer, corrompre. Le registre qui va de la mâchoire à la déglutition est un dictionnaire de cannibale maître d’une académie de la saveur.

Le rêve littéraire du chroniqueur : écrire un grand traité de la digestion. Une sorte de livre culinaire qui mêle l’arôme à la métaphysique, la cuillère et les divinités. Le cru et le cuit. Selon certains, le livre de cuisine a été l’ouvrage le plus vendu durant le dernier Salon du livre à Alger. Les Algériens y trouvent une sorte de manuel compensatoire du cannibalisme national peut-être. Conclusion tirée par les cheveux ? Non. L’histoire algérienne est une troublante histoire de dévorations. On mange avec tout : les yeux, les mains, les pieds et la langue. Cet instinct de dévoration a eu différents noms : bien vacant, pénurie, agences foncières, lot de terrain, terrorisme et antiterrorisme, redressement entre factions.

Même pour l’immigration clandestine, les harraga [clandestins] utilisent une métaphore de dévoration : «Vaut mieux être mangé par les poissons que par les vers.» Quand un Algérien est vaincu, on dit : «Ils l’ont mangé.» Quand il recourt à la corruption, on dit : «Il a fait manger.» Cet usage de la métaphore est universel mais selon des proportions. Pas ici, en Algérie, chez nous. Il y a dans les airs un rapport de force, un système de contraintes et de chasse qui a laissé dans la culture générale cette sensation que tout se passe entre la mâchoire et l’assiette. Freud aurait appelé ça le stade oral collectif : une phase de développement du nourrisson gigantesque qui en est encore à la dévoration du sein et à la déglutition du lait pétrolier. Définition parfaite de l’économie nationale de l’allaitement et du sevrage. D’où le succès du livre de cuisine dans un pays qui ne produit pas ce qu’il mange : confession sur une sorte de panique généralisée qui trouve son expression dans le basculement dans le culinaire et l’assaisonnement sans fin.

On pourra dire aussi que les Algériens cherchent une identité : dans l’assiette, le vêtement ou la création linguistique, mais cela serait trop beau que de limiter le diagnostic à une esthétique. Il s’agit d’autre chose. Une autre preuve ? Le ramadan. Nous sommes le seul peuple qui vit et revit ce mois dans une sorte de panique généralisée, de peur, de violence dans la quête et l’achat.

Conclusion provisoire : il faut sonder cet instinct, ce comportement qui a peur de la dévoration en se défendant par une dévoration plus vigoureuse. Qu’est-ce que l’histoire nationale ? Un repas pour tous, servi après l’indépendance mais mal servi. Le cosmos ? Une figue sidérale à conquérir. Le paradis ? Un resto universitaire. La guerre de libération ? Une dévoration entre intestins. Le pouvoir ? Une mâchoire. La réflexion ? Une mastication prospective. C’est sans fin. De quoi faire rêver un écrivain qui irait se cacher dans une grotte pour écrire une sorte de prolégomènes de la dévoration. Une introduction à la digestion comme fondement et représentation de l’univers. Un traité majeur qui ira sonder, dans le plus profond mystère, cette attitude de l’Algérien qui a érigé le rassasiement comme meilleure réponse contre la peur d’exister et le vide du cosmos.

L’histoire nationale est donc carnivore : Ali la Pointe était le dernier de sa race, pas le premier. Aujourd’hui, il est normal que la génétique nationale enfante Ali le Mordeur.

(1) Littéralement : «Zoubida, Dieu nous soutient». (2) Groupe salafiste pour la prédication et le combat (1998-2007), la matrice d’Aqmi (Al-Qaeda au Maghreb islamique). (3) Cités nouvelles, construites en masse avec l’argent du pétrole, pour reloger les Algériens. Dernier ouvrage paru : «Le Minotaure 504», éd. Sabine Wespieser, 2011.

Lodève Aflou Lodève, le bruit des métiers à tisser

Par LEÏLA SEBBAR Ecrivaine

Jusqu’à ce jour, je n’ai pas quitté Lodève.

Et je reviens à Aflou (1) où je suis née. Aflou, djebel Amour, les Hauts-Plateaux, la steppe et l’alfa, les moutons. Koubbas des saints musulmans sur les collines.

C’était la guerre.

Les femmes de la tribu avaient quitté la tente pour nos maisons pauvres du quartier pauvre d’Aflou, le Village Nègre. Je me souviens de ma grand-mère et des vieilles tantes, dans la pièce du métier à tisser. Elles récitaient des formules contre le mauvais œil, elles chantaient en tissant, les hommes n’entraient pas dans la chambre du métier.

Je marche dans la ville. Aflou n’était pas une ville, c’est une ville. Les nomades se sont réfugiés dans les murs des maisons construites à la hâte, ils fuyaient les massacres de la guerre civile, à Lodève, on entendait parler des attaques contre les membres de la tribu, on entendait le nom des morts, on racontait que des corps gisaient dans la steppe, sans sépulture. J’avais entendu de ces histoires rapportées à demi-mot, on ne parlait pas devant les enfants, mais ils savaient tout et ce qui se passait dans le camp militaire, le Village Nègre ne l’ignorait pas.

J’ai marché dans la ville. Comment savoir depuis toutes ces années, sans nouvelles d’elles, Khédija, Kheiza, Messaouda, Fatima, Aouali, mes amies écolières, comment savoir si elles sont vivantes, si elles habitent Aflou, leur vie, leur mort.

Je peux, à cette minute où je reconnais le bordj, il était rouge brun, le sous-préfet et sa famille vivaient là, je voyais parfois le fils, un enfant blond, son fennec serré contre lui dans la jeep militaire, je peux chanter la comptine de la cour de récréation :

«Le matin quand je me lève

Je dis à mon mari

Qu’il me lave la vaisselle

Et moi je fais

Je fais le lit» (2).

Un soldat français avait frappé à la porte de notre maison. Mon père était absent, comme souvent. Je le voyais si peu, mon grand-père a ouvert. Le soldat est entré, il n’était pas armé. L’interprète et lui se sont assis sur le tapis de haute laine. Ma mère a servi le café. Ils ont parlé longtemps, en français et en arabe. Le soldat est revenu trois fois avec l’interprète. Mon père a dit oui, pour l’école. Je me demande, aujourd’hui, s’il n’a pas été contraint. J’ignorais, jusqu’au grand départ, dans les larmes et les cris, que mon père était un harki. Avant ce jour fatal, j’avais entendu des chuchotements bizarres, ma mère et ma grand-mère cessaient de parler lorsque j’entrais dans la chambre du tissage. Je n’ai pas posé de questions mais j’ai entendu plusieurs fois le mot France prononcé dans un tremblement.

La France, je l’ai regardée sur la carte accrochée près du tableau. Une forme étrange. Des couleurs, du vert, beaucoup de vert, pas de steppe ni de désert et des fils bleus partout, fleuves et rivières jusqu’à la mer. Le maître suivait le cours des fleuves avec un long bâton, on répétait des noms inconnus, je les trouvais beaux.

Le premier jour d’école, c’était une école de filles construite par le soldat et des appelés comme lui, j’ai su plus tard que les Arabes qui les aidaient étaient des «suspects», ce premier jour, je tenais la main de ma voisine du Village Nègre, Aouali, j’ai reconnu le soldat, il faisait l’instituteur. On l’appelait gentiment Boulahya, le «barbu» (le barbu de la guerre civile, on l’a surnommé Chadi, le «singe»). Trois jeunes filles secondaient le maître, des juives qui parlaient l’arabe comme nous. L’une d’elles était la fille du grand épicier d’Aflou, Layani. Elles nous ont donné des blouses roses et blanches à carreaux et dans l’ouvroir, chacune a brodé son nom en lettres françaises. Le maître a pris des photos. Où sont-elles. Peut-être un jour, surprise sur Facebook… Mes fils sont fous de tout ça. Ils me diront : «Maman, viens voir, c’est Aflou et toi, là, en écolière…».

Quand nous sommes arrivés en France, oui, c’était la France, le paysage, je ne l’ai pas vu, je n’ai rien regardé, je savais lire, écrire, compter, broder. Je ne raconterai pas le voyage depuis Aflou jusqu’à Oran, puis la traversée. J’étais comme étourdie par le malheur. Autour de moi, le silence. Les enfants eux-mêmes se taisaient. On avait tout abandonné, j’avais dû laisser la jolie poupée française que l’une des monitrices, elle s’appelait, je crois, Kohana, m’avait donnée, elle m’avait dit : «Elle s’appelle Violette.» Le métier à tisser, mes vieilles tantes l’ont gardé, elles ont continué à faire des tapis du djebel Amour. Ma mère aussi, à Lodève. Mon père a acheté pour elle un métier à tisser. Il est allé à la Manufacture de la ville, comme d’autres harkis, ils pensaient à leurs femmes tisserandes. On les a embauchées, elles ont travaillé pour la Manufacture des Gobelins.

Je marche toujours dans la ville.

Des femmes voilées, des femmes qui portent le hijeb. Comment reconnaître Khédija, Kheiza, Messaouda, Fatima, Aouali. Je ne suis pas voilée. Cinquante années plus tard, quelqu’un dira, venant vers moi : «Mais c’est Fatna ! Fatna… C’est toi ? Fatna dis-moi que c’est toi…». Et moi : «Oui, tu vois, je suis Fatna et toi Aouali, malgré le hijeb, je te reconnais». On s’embrassera, on s’enlacera, on pleurera. Des enfants crieront, courant vers notre quartier de l’autre côté de l’oued, que les vieux appellent encore le Village Nègre. «C’est Fatna ! C’est Fatna ! Venez voir, elle est revenue ! Dieu soit loué». Et Aouali me dira : «Viens à la maison, viens. Elles sont là, nos camarades sont là, les enfants vont aller les chercher, sauf Khédija, la pauvre, meskina, chaque vendredi on prie sur sa tombe, avec ses enfants. Tu viendras avec nous ?». J’ai dit que j’irais aussi pour mes vieilles tantes, les conteuses.

J’ai dit à mes amies que je reviendrais. Je les ai invitées dans ma maison, à Lodève, elles sont les bienvenues. Je leur ai promis que nous irions à Paris, visiter la Manufacture des Gobelins où travaille l’une de mes filles jumelles. Elle est tisserande. L’autre est comédienne.

(1) Ndlr : la plupart des harkis qui vivaient à Lodève (Hérault) étaient originaires d’Aflou, ville où les femmes étaient traditionnellement tisserandes. (2) «Aflou, djebel Amour», journal d’un appelé (1961-1962) de Jean-Claude Gueneau, éd. Bleu autour. Derniers ouvrages parus : «La confession d’un fou», 2011. «Ecrivain public», 2012, éd. Bleu autour.

Follow

Get every new post delivered to your Inbox.

Join 310 other followers