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Algerie: Un avenir très sombre, peu importe le prochain leader

May 19, 2013 3 comments

Peu importe qui sera au pouvoir, des réformes très douloureuses seront notre pain quotidien dans le future le plus proche. Ceci n’est pas une spéculation, mais une vérité et une réalité amère.

“Shale oil production in the US is still in its early stages, and its full potential remains uncertain, but development is happening at a faster pace than shale gas. Preliminary estimates for 2020 range from 5-15 million barrels per day with a production breakeven price as low as $44-68 per barrel depending upon the fields. By the 2020, the US could emerge as a major energy exporter.” The Global Trends 2030 page 35-36

Je ne suis pas un alarmiste d’habitude, mais les alarmes en Algérie doivent être données.

Selon les perspectives économique de 2012 du FMI, l’Algérie doit avoir le coût du baril de pétrole entre $100 à $120 pour pouvoir équilibrer et balancer les dépenses fiscales et budgétaires–c.a.d: pas de déficit et ni de dette publique. En 2011, l’Algérie a enregistré le 2ème plus gros déficit budgétaire des pays producteurs de pétrole au Moyen-Orient et l’Afrique du Nord avec un déficit égale à 3,6% du PIB–c.a.d: 6.8 milliards de dollars. En 2012, elle a enregistré une dette publique relative au PIB de 8,80%–c.a.d: 16.62 milliards de dollars–avec une croissance économique relativement faible de 2.6%. Il faut noter, au passage, que la croissance économique en Algérie est très largement dépendante des exportations du pétrole et du gaz naturel.

L’Algérie se dirige vers une crise budgétaire d’une magnitude et d’une gravité dont le peuple n’ai jamais vu pareille. Le pétrole, le gaz naturel et les produits pétroliers représentent 97% des exportations de l’Algérie. Les hydrocarbures ont longtemps été l’épine dorsale de l’économie Algérienne, et en 2012, le pétrole et le gaz naturel représentaient environ 60% des recettes budgétaires et 44% du PIB. Si l’Algérie ne diversifierait pas son économie d’une manière très brutale et rapide dans les 10 à 15 prochaines années, le pays se dirigera littéralement vers des troubles sociaux gigantesques et le collapse total du système politique.

Pourquoi?

C’est très simple: Les USA commencent déjà a diminuer drastiquement leur importations de gaz naturel (les USA seront totalement indépendant en gaz naturel en 2020), et pour ce qui est du pétrole, ils seront indépendant des importations, et même exportateurs entre l’an 2025-30. Quand les USA entreront le marché du gaz naturel comme exportateur en 2020 (et par la suite, le marché du pétrole en 2035), les prix de ces 2 produits vont chuter et d’une manière drastique. Non seulement le plus grand consommateur de pétrole au monde n’est plus un importateur de pétrole et de gaz naturel, mais il les exporte en plus. Cela représentera un choc énorme dans les marchés du gaz naturel et du pétrole. Certains économistes ont estimé un swing de $45 à $55 dans le prix du baril. Ceci veut dire une baisse drastique du PIB Algérien, une croissance économique négative, autrement dit une récession, et une baisse d’environs 40% des recettes budgétaires. C’est une catastrophe pour le pays. L’heure du réveil pour l’Algérie est maintenant parce qu’il ne reste plus beaucoup de temps.

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A tout casser, l’Algérie a une fenêtre d’opportunité de 10 à 15 années au plus pour agir durant laquelle il faut mettre en place des réformes sérieuses et radicales du système économique entier, et il faut commencer dès maintenant. Si de sérieuses réformes ne sont pas engagées dans les 10-15 prochaines années, l’avenir, pour  l’Algérie, sera d’une laideur absolu.

L’Algérie doit réformer radicalement son système bancaire. Elle doit totalement restructurer son système fiscal (perception de l’impôt, collection d’impôt et sa redistribution). Tous les programmes de prestations sociales doivent être totalement revus (retraire, santé, couverture sociale, prestations familiales, le coût du travail, prestation de chomage, logement social, les prestations de Moudjahideene, de fils de Chouhada, et des veuves de Moudjahideenes etc). Certains de ces programmes de prestations sociales doivent complètement être éliminés, d’autres pourraient être renforcés. Il faut éliminer toutes les subventions dans presque tous les secteurs à l’exception des programmes d’éducation, et de santé des enfants, et certains produits de base. Il faut réduire le budget de la défense, fermer et consolider des bases militaires, réduire l’effectif de l’armée, arrêter complètement tous les nouveaux contrats d’armement. Et surtout, il faut ouvrir le marché Algérien et abandonner la règle des 51% parce que le gouvernement Algérien sera forcé de l’abandonner un jour contre son gré; alors il faut le faire dès maintenant quand le gouvernement et l’État sont encore en contrôle de leurs actions.

Depuis 1962, l’Algérie s’est efforcée  sans aucun succès a développer des industries hors-hydrocarbures, et en raison de la réglementation lourde étatique, d’une bureaucratie lourde et archaïque, et en raison de l’accent mis sur la croissance mené par l’État, toutes ces réformes ont échoué. Les efforts du gouvernement ont fait peu pour réduire les taux élevés du chômage chronique des jeunes ou à remédier à la pénurie de logements. Une vague de protestations économiques en Février et Mars 2011 a incité le gouvernement Algérien à offrir plus de 23 milliards de dollars de subventions publiques, des augmentations de salaires rétroactives, et d’autres avantages sociaux. Malgré cela, les mouvements sociaux continuent de peser sur les finances publiques, et sur l’environnement politique qui est devenu explosive ces derniers temps.

Les défis économiques à long terme sont plus qu’essentiels, ils sont obligatoires, et doivent comprendre comme partie intégrale la diversification de l’économie au détriment de sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures, le renforcement du secteur privé, l’attraction des investissements étrangers, et la création des emplois adéquats pour les jeunes Algériens. Cette diversification de l’économie ne se fera pas sans les réformes susmentionnées.

Cela va être douloureux; c’est une thérapie de choc; un choc au système économique qui a été moribond depuis plus d’un demi-siècle. Mais hélas ce choc doit être fait et donné autrement la douleur sera insupportable quand l’Algérie n’aura plus aucun contrôle sur ses politiques économiques et sociales, et surtout aucun contrôle sur son destin. Sans cette douleur, qui doit être partagée équitablement par tous les Algériens, le désordre social et l’anarchie seront le pain quotidien du pays. .

Et peu importe qui sera au pouvoir, il n’y aura pas de miracles. Peu importe qui sera au pouvoir, il sera obligé de réformer. Peu importe qui sera au pouvoir, il sera obligé d’infliger de la douleur à une population entière et de faire des choix très impopulaires. Aucun dictateur ne peut engager ces réformes douloureuses sans causer un mécontentement populaire, et même un soulèvement. Les dirigeants actuels du pays, la classe actuelle de nos politiciens, n’ont aucune crédibilité auprès du peuple, et sont  profondément doutés et haïs par les Algérien. C’est pour cela que celui qui sera à la tête du pays dans un très proche avenir doit jouir d’un large mandat populaire. Ce futur président ou la majorité parlementaire doit avoir le plein appui, le soutien, et la confiance du peuple Algérien. Aucun dirigeant autoritaire peut avoir cela; aucun dirigeant de l’Algérie d’aujourd’hui, de l’Algérie de Bouteflika et des généreux Toukif et Tartag, n’a ce soutien et cette confiance. Seules de véritables réformes démocratiques, avec des élections propres, ouvertes et transparentes donneraient au pays ce leader et cette classe politique qui mèneront le combat des réformes structurelles et institutionnelles.

D’ailleurs, je conseille vivement à ce prochain président de prononcer ce passage légendaire de Churchill lors de son premier au discours a la nation Britannique–ce passage d’une sérénité grave et sérieuse que Churchill a prononcer devant la Chambre des Communes le 13 mai 1940, juste avant l’invasion Nazie et la grande et héroïque Bataille de l’Angleterre.

“Nous sommes dans la phase préliminaire de l’une des plus grandes batailles de l’histoire….nous devons être préparés.

Je voudrais dire à la Chambre comme j’ai dit à ceux qui ont adhéré à ce gouvernement: je n’ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. Nous avons devant nous une épreuve des plus graves et des plus sérieuses. Nous avons devant nous beaucoup, beaucoup, de longs mois de lutte et de souffrance.”

Du sang, du labeur, des larmes, de la sueur, et de la souffrance, c’est exactement ce que le futur président Algérien doit promettre au peuple. Tout autre promesse sera un mensonge.

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Algérie: Bouteflika mort-vivant et Poker menteur autour du cadavre Algérie

May 18, 2013 1 comment

Another beautifully written editorial by Mohamed Benchicou.

Poker menteur autour du cadavre Algérie

Par: Mohamed Benchicou

Samedi, 18 mai 2013

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Tous les décideurs le savent ; quelques-uns seulement ont le courage de le dire : avec ou sans Bouteflika, le prochain pouvoir aura pour mission presque impossible d’éviter la mort au pays. Avec peu de moyens. Nous n’aurons plus jamais les faramineuses recettes pétrolières dont a bénéficié le régime de Bouteflika.

L’arrivée de ce dernier au pouvoir avait coïncidé avec l’augmentation de la demande chinoise qui avait fait s’envoler les prix du pétrole en quelques années. Aujourd’hui, nous vivons le scénario inverse. L’exploitation du pétrole non conventionnel en Amérique du Nord va créer dans les cinq prochaines années une augmentation de l’offre qui va faire effondrer le prix du baril. Autrement dit, avec ou sans Bouteflika, le prochain régime se débrouillerait avec un pétrole à moitié prix, moins abondant, et des besoins en hausse ! La tragédie nous arrive en effet, droit sur la gueule ! Le pétrole, les réserves financières en milliards de dollars, c’est fini ! Oui, fini. Les projections les plus optimistes donnent l’Algérie pour importatrice nette de pétrole dès 2020.

Au cours des trois mandats du « pouvoir civil » de Bouteflika, il a été gaspillé l’argent du présent et celui du futur. Les hydrocarbures ont été si outrageusement pompés qu’il ne devrait plus rien rester dans le sous-sol d’ici quelques années, date à laquelle nous serions 40 millions d’Algériens, tous, théoriquement, voués à la précarité puisque Bouteflika aura épuisé les réserves pétrolières sans doter la maison Algérie d’une économie diversifiée  pouvant prendre la relève du pétrole et du gaz naturel. En l’espace de cinq ans seulement, la production algérienne de pétrole est passée de 1,6 à 2 millions de barils par jour, soit un bond de 25% ou le double de la moyenne d’augmentation de la production Opep durant la même période.

Les recettes ? Sans s’étaler sur la partie supposée avoir été dérobée par la kleptocratie au pouvoir, elle a surtout engraissé la mafia de l’import via les importations qui ont explosé  entre le premier et le troisième mandat de Bouteflika, passant de 9 milliards de dollars en 1999 à 49 milliards en 2012. Aucun investissement sérieux n’a été engagé dans la production pour doter le pays d’une économie viable qui prenne le relais des hydrocarbures.

Oui, l’Algérie de Bouteflika rappelle la Russie de Boris Eltsine, toutes proportions gardées, une nation chancelante, otage de prédateurs de toutes sortes qui se sont engouffrés au sein de cette faille providentielle pour vider l’Algérie de son sang. Ce fut à leur seul profit  qu’on a  surproduit le pétrole. Aujourd’hui, il est bien tard… L’Algérie redevient pauvre ! Pauvre et sans solution de rechange : quatorze ans après Bouteflika, le pays n’est plus en mesure de répondre à la demande d’emplois, ni peut-être même à la demande alimentaire.

Les observateurs les plus conscients pensent même que le pire est à envisager. Après 14 années de règne, Bouteflika a mis l’État à la merci de sa population. La fronde des chômeurs peut aller dans n’importe quelle direction, y compris la plus pessimiste,  Bouteflika  ayant abandonné l’investissement productif, comment lutter contre le chômage ?

Mais cela, cette vérité primordiale, celle-là qu’il faut dire non pour abattre, non pour accabler ni pour décourager, mais pour mobiliser, pour réfléchir, cette vérité qui réveille, personne ne veut la communiquer, je veux dire personne parmi ceux qui ont la responsabilité de la dire. Ou alors, quand une bouche plus courageuse que d’autres la formule, elle est immédiatement contredite par les virtuoses du poker menteur. Quand le PDG de Sonatrach, Abdelhamid Zerguine, qui sait de quoi il parle, reconnaît que les gisements de pétrole sont en “déclin” et les réserves sont “modestes”, il est immédiatement contredit pas son ministre de tutelle, Youcef Yousfi, pour qui l’Algérie continuera à produire du pétrole et des hydrocarbures en général pendant « de longues années encore ». Et lorsque le ministre des Finances, Karim Djoudi, laisse entendre qu’il n’y a plus d’argent en caisse, que les salaires comme les pensions ne seront plus augmentés, il est aussitôt recadré par le chef du gouvernement, Abdelmalek Sellal, qui jure ses grands dieux que tout va à merveille dans ce territoire coupé du monde qui s’appelle l’Algérie.

Nos dirigeants fabulateurs, pour qui l’art de gouverner se réduit à clamer les fausses bonnes nouvelles et à taire les vraies mauvaises nouvelles, entendent démentir la formule d’Abraham Lincoln : «  Aucun homme n’a assez de mémoire pour réussir dans le mensonge ».  En foi de quoi, ils entreprennent hardiment de duper l’opinion sur l’état de santé d’un président dont ils nous apprennent aujourd’hui qu’il est en convalescence prolongée après nous avoir annoncé, il y a trois semaines, qu’il était entré à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce pour de simples examens complémentaires.  Le léger accident vasculaire se termine ainsi par une lourde vacance du pouvoir mais c’est tout cela, n’est-ce-pas, le charme du poker menteur auquel se livrent, avec tant de zèle et si peu de classe, nos dirigeants depuis cinquante ans.

Le jeu consiste à faire passer les vessies du bunker pour d’heureuses lanternes, c’est-à-dire produire un bobard, sinon crédible, du moins vraisemblable, quelque chose qui ait  l’allure du « mensonge le plus détestable » qu’André Gide définit comme étant « celui qui se rapproche le plus de la vérité », quitte à susciter chez l’opinion une réplique par un autre mensonge, le « mensonge fructueux»  dont Sacha Guitry dit qu’il « consiste à faire croire à quelqu’un qui vous ment qu’on le croit ».

L’équation est alors très simple : reconduire Bouteflika, comme le souhaite la mafia, en supposant qu’il garde ses facultés naturelles, revient à reconduire le pouvoir le plus irresponsable qu’ait connu l’Algérie en 50 ans afin qu’il parachève sa besogne de destruction. Ce serait alors un choix suicidaire, consciemment fait pour en finir avec notre pays.

Le général Lebed disait de Boris Eltsine qu’il était, par nature, un destructeur. « Il ne comprend la politique qu’en brisant et en déstabilisant l’environnement. Cela est une qualité en période de transition, mais il est temps aujourd’hui de construire. Boris Eltsine, lui, n’est pas un bâtisseur. »

Alors oui, reconduire Bouteflika, comme le souhaite la mafia, c’est en terminer avec l’Algérie. Quelle alternative reste-t-il ? Une seule, confirmée par l’histoire récente, dans tous les pays qui ont vécu une situation similaire : un gouvernement de salut national. Pour cela, il faut le vouloir.

Algérie: L’élection Présidentielle et Les Amuseurs de la République

This is a very beautifully written editorial by Mohamed Benchicou. It’s a must read.

Les Amuseurs de la République

Par: Mohamed Benchicou

vendredi, 03 mai 2013

Les Amuseurs de la République

Comme tous les quatre ans, à pareille époque préélectorale, ils déferlent, en rangs serrés, avec un nouveau spectacle dans les valises, comme s’ils répondaient à l’appel d’un devoir national du simulacre, bousculant à la fois les règles de l’actualité et celles du théâtre burlesque. Le gang des Amuseurs de la République est à l’œuvre !

Leur nouvelle création de 2013, provisoirement intitulée « Le président peut-il encore gouverner ? », originale et désopilante, basée sur l’allusif, un nouveau style baladin qui consiste à contourner la triste réalité nationale pour s’attarder sur l’ailleurs, raconte les tribulations du chef de l’État d’une île mystérieuse, une contrée fantasmagorique dont je suis incapable de vous dire le nom. À croire certains spécialistes versés dans le monde du burlesque, il s’agirait de Fantasyland, un pays magique de Disneyland, où les contes de fées et les histoires qui ont inspiré les films d’animation de Disney prennent vie, comme par magie. Cela expliquerait, sans doute, le fait que le nouveau spectacle, « Le président peut-il encore gouverner ? », vient d’être enrichi de plusieurs déclinaisons tout aussi drôles les unes que les autres, comme « Le quatrième mandat, c’est fini ! », un gag qui a rencontré un succès foudroyant, « La succession est ouverte », avec Benflis en guest-star, ou « Saïd Bouteflika limogé », une fiction loufoque montée avec adresse et dans laquelle des observateurs avertis ont cru reconnaître à la fois la main d’un célèbre manipulateur et un plagiat de Discoveryland, monde de Disney où les prédictions des grands visionnaires prennent vie.

Le débat autour de la fameuse contrée dont parlent nos opposants et nos journalistes est toujours en cours, mais une chose semble cependant certaine : il ne s’agit pas de l’Algérie. La lecture de l’éditorial d’un des membres les plus influents des Amuseurs, ne laisse, à ce propos, aucun doute. Le respectable analyste décrit, en effet, une province étrange mais démocratique, où la succession du président se réaliserait dans « le respect de la souveraineté du peuple, sans contrainte, et dans la transparence », détails qui excluent, de facto, l’hypothèse Algérie. La chose relève d’ailleurs du bon sens : la maladie d’un chef d’État n’étant handicapante qu’en démocratie, système où l’opinion garde le droit de regard sur la gouvernance, la question « Le président peut-il encore gouverner ? » devient, du coup, parfaitement inadaptée à l’Algérie. Chez nous, Dieu merci, pareille complication nous est épargnée, les citoyens que nous sommes n’étant consultés ni sur l’état de santé du chef de l’État, ni sur sa désignation ni encore moins sur sa reconduction. En retour, ce dernier régnerait sans rien nous devoir. C’est tout le privilège de ce que les Russes appellent les vybori bez vybora (élections sans choix), privilège qui s’ajoute, pour des autocraties comme l’Algérie, à celui d’être parfaitement gouvernables à partir d’un lit d’hôpital. La prouesse paraît d’autant plus à la portée de notre chef de l’État que notre cher pays, où le Conseil des ministres ne se réunit jamais, est unanimement reconnu comme l’unique de la planète à fonctionner sous le mode du pilotage automatique, personne n’y gouvernant et, conformément aux vybori bez vybora, personne n’y étant gouverné.

Tout ça pour dire que l’interrogation « Le président peut-il encore gouverner ? », en plus d’être parfaitement incongrue pour un pays où la sagesse autocratique l’emporte sur la véhémence démocratique, pose incontestablement un problème inédit : dans quelle catégorie classer les chimères généreusement imaginées par une si brillante équipe d’analystes et de brillants politologues, dont le seul mérite aura été de nous apprendre que  la grande famille du pouvoir illégitime pouvait, finalement, être aussi drôle que les Simpson ? Dans le théâtre, on avait inventé la comédie, le vaudeville, la bouffonnerie, la parodie, le burlesque, le sketch, le pastiche, la satire, la clownerie, l’arlequinade, la facétie… Aucun de ces styles ne paraît, cependant, correspondre au grotesque de la situation. Ah ! Peut-être dans la pantalonnade, qui n’est pas ce que vous pensez, mais dans le théâtre italien, une posture comique assez drôle dans laquelle excellait le pantalon, qui n’est pas non plus ce que vous pensez, mais un personnage du théâtre vénitien qui porte traditionnellement cette sorte de culotte et qui a laissé son nom pour désigner un homme sans dignité et sans consistance !

Depuis on a cependant su que « pantalonnade » veut dire, en même temps que ce que vous pensez, subterfuge grotesque pour sortir d’embarras. Rappelons-nous : la théorie du « président malade et démissionnaire » avait déjà permis, en 2005, d’avorter les grosses contestations autour des effets catastrophiques de la fameuse Charte pour la paix. Val-de-Grâce avait étouffé le scandale politique. Le régime s’est servi de nouveau, en 2006, de la théorie du « président malade et démissionnaire », pour briser le débat houleux qui commençait à s’installer autour du projet d’amendement de la Constitution. À quoi bon débattre, se disait-on, d’un projet mort-né, compromis par la santé défaillante du président ? Dans les deux cas, le régime a obtenu, par l’esbroufe, un répit salutaire qu’il a su habilement exploiter. Aujourd’hui, en 2013, Bouteflika substitue le débat autour de la corruption de Chakib Khelil, c’est-à-dire la corruption imputable à sa famille politique, par un débat sur l’AVC et ses conséquences sur la gouvernance. Val de Grâce II continue le boulot diversion de Val de Grâce I ! Comme en 2004, le régime utilise la presse minaudière et l’opposition maniérée pour reconduire, « légalement » et dans le cadre du « pluralisme », le président Bouteflika à la tête du pays ! Encore une fois, un des subterfuges par lesquels s’éternisent les autocraties dans nos pays, aura magnifiquement fonctionné. Ainsi, pendant que d’éminents esprits nous rebattent la thèse du « président malade et démissionnaire », que dit et que fait le principal intéressé ? Il affirme à qui veut l’entendre : « Grâce à Dieu, je me porte très bien » ; il prépare la population à l’émotion du « retour au pays » ; il multiplie les flagorneries en direction de l’opinion publique ; il n’oublie pas de « remercier » la presse qu’il gratifie d’une journée spéciale le 22 octobre… Tout cela débouche sur une information capitale : la décision de postuler pour un quatrième mandat est déjà prise !

Alors, je crois bien que, faute d’antécédents dans le genre théâtral, l’on soit obligé de rapprocher la manœuvre complice à laquelle se prêtent une partie de notre presse et de notre opposition, d’une pantalonnade tout à fait remarquable d’adresse et d’inventivité et dont on rirait volontiers si elle n’était un discours de diversion qui finit par laisser au régime l’initiative politique. Nous avons juste oublié que le diable, devant les nigauds, entreprend toujours  de jouer au nigaud. Tout autocrate compte sur la bêtise humaine pour enfourcher le monde et l’étrangler de ses sangles. Il suffit de laisser croire. Gouverner c’est faire croire a dit Machiavel. C’est cela, le but de la politique, pour Machiavel, ce n’est pas la morale mais la réussite : obtenir et conserver le pouvoir !

Finissons par un clin d’œil à la journée du 3 mai pour évoquer le « papier » si précieux pour un journaliste et dire que toute cette histoire ressemble, en effet, à celle du papier plié en quatre qu’on découvre au détour d’une ruelle, que l’on ramasse avec une curiosité difficilement contenue, que l’on  fourre dans la poche avec cupidité,  que l’on ouvre, enfin, avec angoisse pour découvrir que la trouvaille, au final, n’était qu’un prospectus de vente au rabais… Il sera alors l’heure pour l’île mystérieuse de fermer ses portes. Rendez-vous dans quatre ans pour une autre séance de fantasmagorie. Entre-temps, nous aurons au moins appris que la politique n’est pas un jeu, mais un art de la dissimulation au nom de l’efficacité. Et l’efficacité, ici, consistait, tout simplement, tout bêtement, serai-je tenté de dire, à s’assurer de sa propre succession en 2014 !