Algerie: Un jour, “J’irai cracher sur vos tombes”

Courtesy of Mohamed Benchicou

L’indépendance entre les Aurès et le Val-de-Grâce

Mohamed Benchicou

dimanche, 30 juin 2013

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Oubliant que le 51e anniversaire de l’indépendance va le surprendre sur un lit d’hôpital de l’armée de l’ancienne puissance colonisatrice, le président de la République a cru nécessaire d’appeler sa propre armée à « défendre la souveraineté nationale ».

On serait tenté de dire que venant d’un homme dont la posture n’est pas, à proprement parler, conforme à la noblesse des propos, le bon sens aurait consisté à s’abstenir d’évoquer la souveraineté dans ces circonstances pas très élogieuses pour l’amour-propre national. Mais voilà bien longtemps que la souveraineté, comme la mémoire ou l’histoire, n’a que valeur de futiles mondanités dans la bouche de celui qui a le devoir de l’incarner. Du reste, ce message a toutes les allures d’une futile mondanité, même pas valeur d’estampille, puisque, en ces temps où la falsification le dispute à la tromperie la plus éhontée et au mensonge le plus abject, on ne sait qui de Saïd, Abdelaziz ou Tartempion l’a vraiment écrit à partir de Paris. Comme dirait La Palisse, c’est à ces brigandages qu’on reconnaît l’absence de l’Etat.

C’est là, le problème. Il n’y a pas de souveraineté sans un véritable Etat fort et démocratique ; il n’y a pas de véritable Etat fort et démocratique sans légitimité. Auquel cas, ledit Etat aurait édifié de véritables hôpitaux pour s’y soigner dans la dignité. Aussi, ce Bouteflika, créature du pouvoir illégitime né il y a 50 ans par un viol de la souveraineté populaire, en l’occurrence un putsch contre le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), auquel s’est ajouté le viol de la Constitution en 2009 qui a rétabli le pouvoir à vie, devrait réaliser aujourd’hui qu’il est entre les mains des médecins militaires de l’ex-puissance colonisatrice, qu’en démolissant la souveraineté populaire, il n’a fait qu’aliéner la sienne. Comme bon nombre de fiers-à-bras, il croyait devenir plus indépendant en devenant plus méprisant, alors que la négation de la volonté populaire le jetait déjà dans une sorte de servitude.

Il ne s’agit pas de faire un plaidoyer pour une détestation française qui relèverait d’un ridicule esprit cocardier. Le propos ici est de relever qu’il est plus facile de philosopher sur la souveraineté que de s’y conformer. Qassamen est une promesse faite aux hommes. Dans l’Algérie d’aujourd’hui, elle devient une promesse non tenue. Nos gamins le savent. Le sentent. Tout dans Qassamen est, en effet, un hymne à l’espoir : « Par les foudres qui anéantissent, par les flots de sang pur et sans tache, par les drapeaux flottants qui flottent sur les hauts djebels orgueilleux et fiers, nous jurons nous être révoltés pour vivre ou pour mourir, et nous avons juré de mourir pour que vive la nation ! Témoignez ! Témoignez ! Témoignez ! »

Comment espérer faire trembler par décret nos enfants sur ce chant d’orgueil quand un demi-siècle de gabegie et de corruption les a poussés aux portes du consulat de France avant que leur propre Président ne soit forcé à confier sa survie aux médecins de l’armée française ?

On ne peut prétendre s’ériger en professeur de souveraineté quand on est fasciné par l’ancienne puissance colonisatrice. Cela retombe inévitablement sur la vitalité diplomatique du pays et sur son image. Le chef de l’Etat algérien n’a pas effectué une seule visite officielle bilatérale en Afrique depuis 1999 (d’où l’isolement au Sahel), mais il s’est rendu 12 fois en France, s’imposant même à l’Elysée sans qu’on l’y invite, dont l’une, le 19 décembre 2003, a franchement embarrassé ses hôtes français, obligés de le recevoir à déjeuner ! Jamais un chef d’Etat algérien ne s’était à ce point rabaissé devant l’ancienne puissance colonisatrice. « Pathétique Bouteflika », avait titré le quotidien Nice Matin, sous la plume de son directeur de rédaction, au lendemain de la visite parisienne de quelques heures sollicitée par le président algérien le 3 octobre 2003. Le journal se gausse : « Clic-clac, merci Kodak ! La visite du président algérien n’aura duré que quelques heures. Prétexte officiel, l’inauguration de deux expositions dans le cadre de la fameuse Année de l’Algérie. Raison réelle : être pris en photo, et sous toutes les coutures, avec Jacques Chirac, l’ami français, à la veille d’échéances algériennes majeures. Pathétique visite, et si embarrassante pour la France. »

Du reste, c’est pour le seul usage de politique intérieure que Bouteflika a fait usage de la souveraineté comme de la repentance de l’indépendance ou de la mémoire, devenus de simples mots, rien que des mots qui ne relèvent plus du différend historique, mais du cabotinage conjugal, cette pratique un peu malsaine qui consiste à rappeler au conjoint un antécédent fâcheux chaque fois qu’on éprouve le besoin de lui extorquer une nouvelle déclaration d’amour. Selon les réponses qu’il reçoit de la France, le président algérien peut ainsi passer de la plus grande « indignation » envers le préjudice colonial à la plus béate des indulgences. La France a bien compris le simulacre, elle qui a toujours su accéder à tous les caprices de cet homme à l’égo démesuré, et qui aime s’entendre parler, qui n’avait rien des colonels qui l’avaient précédé au gouvernail algérien, Boumediene, Chadli ou Zeroual. Le Maroc a eu sa saison en France ? Alors l’Algérie aura la sienne. Une kermesse culturelle s’ouvre à Paris le 31 décembre 2002 pour ne se clôturer qu’en décembre de l’année suivante, une procession de galas, d’expositions de toutes sortes, de films et de pièces de théâtre proposés au public français, au moment où Alger ne dispose même pas d’une salle de cinéma digne de ce nom ! Le président algérien n’obtiendra pas d’investissements de la part de la France, mais se contentera d’un match de football France-Algérie, en octobre 2001, que ne justifiait ni le niveau respectif des deux équipes ni le moment.

Pourquoi dire tout cela maintenant et aujourd’hui ? Parce que nous sommes déjà demain, et que demain ne se construit pas sur les mensonges d’hier. « Les échecs ont commencé dès le lendemain de l’indépendance, quand se sont imposés des régimes policiers et militaires, souvent coupés des peuples, privés de toute assise nationale… », a écrit Mohamed Arkoun. La souveraineté comme l’indépendance exigent transparence, démocratie, respect du choix populaire. C’est à cette seule condition qu’elles deviendront la cause de tous et de chacun.

 

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