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Algérie: Le conflit Bouteflika-Toufik: l’avenir de l’Algérie se joue sans les Algériens

Ceci est mon humble point de vue sur ce qui se passe en Algérie ces jours/semaines ci. On commence d’abord par quelques faits, et puis après, on verra où on est.

Mais laissez-moi d’abord poser une question: ce conflit Bouteflika-Toufik, est-il un conflit réel et sérieux entre deux clans? Si c’est oui, alors pourquoi les deux clans ne se sont pas totalement engagés dedans? Pourquoi ils se battent a coup de proxies? Pourquoi ça à l’air d’un conflit à fleurets mouchetés? Et finalement, comment se fait-il que système de pouvoir Algérien dont l’armée est son cœur battant et dont le DRS (Département du Renseignement et de la Sécurité) est sa création est en conflit avec lui-même? Donc, si c’est un conflit sérieux entre deux clans, et ces clans ont assez de munitions pour se détruire les uns les autres, et ils ne le font pas, peut-on vraiment appeler cela un conflit ou une lutte au sommet du pouvoir et de l’état entre des clans? Ou peut-être que nous devrions l’appeler autrement, comme une restructuration des priorités, une réorganisation de tâches et de rôles, ou même un réaménagement des fonctions à tête de l’armée. Je reviendrai prochainement dans un aute billet pour expliquer plus en détails ce point.

Mais pour l’instant, supposons qu’il y a un conflit entre Bouteflika et Toufik, alors quels sont les faits que nous connaissons à coup sûr?

Fait numéro 1: Nous œuvrons tous avec très peu d’informations solides qui sont corroborées par d’autres sources. En d’autres termes, nous sommes tous en train de spéculer, et par tous je veux dire : journalistes, politiciens de tout bord, et tout le monde sur facebook et la blogosphère. Ceci est un fait indiscutable.  Ceux qui savent ce qui se passe vraiment ne sont pas en train de parler.  Par conséquent, un petit conseil, il faut que tout le monde se calme un peu, et il faut baisser la rhétorique d’un cran.

Fait numéro 2: Il semble qu’il y ait un conflit entre Toufik et Bouteflika, et ce conflit est mené par procurations. En d’autres termes, c’est un  conflit par procuration—i.e., a proxy war–puisque les deux protagonistes n’ont pas parlé ou ont commenté la situation jusqu’à présent.

Fait numéro 3 : La nature de ce conflit: le pouvoir. C’est aussi simple que cela. Ce n’est certainement pas un conflit portant sur la caractéristique ou la nature civile du gouvernement ou de l’état. Ou sur la hiérarchie du civil sur le militaire. Depuis notre indépendance, il y a toujours eu une coalition à la tête de notre État entre les pseudo-civils et les militaires. Cet équilibre délicat a basculé comme un pendule d’un côté à l’autre depuis 1962 favorisant des fois et pour de courtes périodes un acteur de la coalition sur l’autre. Mais comme toujours  le pendule a tendance à se stabiliser par la pesanteur, et les membres de la coalition se souviennent qu’ils ont de nombreux intérêts en commun qui les unissent pour rester au pouvoir.

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Tels sont les faits. Au-delà de ces quelques points mentionnés ci-dessus, il n’y a que de la spéculation.  Personne parmi ceux qui sont dans le secret des dieux n’est en train de parler. Par conséquent, je pense qu’il est prudent d’attendre et de voir où cette chose va évoluer. À mon avis, ce conflit va se calmer et les deux parties trouveront un moyen pour s’entendre et pour préserver et défendre les intérêts qu’ils ont en communs. Ce conflit entre Toufik et Bouteflika n’est certainement pas un jeu à somme-nulle (d’ailleurs comme tous les conflits à la tête de l’État en Algérie). Ce conflit est un jeu à somme positive à partir duquel les deux parties vont trouver un terrain d’entente et un moyen pour maintenir un certain équilibre et même maximiser leurs intérêts.

Certes, il y a une variable qui est présente dans ce conflit qui complique sa résolution un peu. Et cette variable est que le réseau de patronage qui avant Bouteflika était limité un peu a augmenté à un niveau insoutenable sous sa présidence au cours des ces 14 dernières années. Ce réseau de patronage a tissé à travers le pays un système clientéliste graissé et entretenu par de vastes sommes d’argent provenant d’un système institutionnalisé de corruption a atteint un point de rupture.  Parce que au cours des 14 dernières années, notre PIB et les recettes de l’État ont augmenté (uniquement et principalement en raison de la rente pétrolière), ce système clientéliste a augmenté aussi ce qui est un phénomène normal dans tous les états kleptocrates. Cela signifie que de plus en plus d’argent dérivé d’une corruption institutionnalisée est nécessaire pour nourrir et maintenir ce réseau de patronage. Ceci est le vrai avantage que Bouteflika a dans ce conflit avec Toufik – c’est à dire, qu’il dispose d’un grand réseau de clients fidèles à lui et dont leurs moyens de subsistance est strictement dépendant de lui. Ce sont ceux que nous voyons défendre Bouteflika à longueur de journée à la télé, dans les journaux et la blogosphère, et dont Amar Saidani n’est que la partie visible de l’iceberg. Cela dit, général Toufik, a également construit un solide réseau de clients à l’intérieur de la bureaucratie et la société civile au fil des ans en tant que dirigeant de la DRS. Mais il semble que son réseau a été affaibli ces derniers temps, même si on ne connaît pas encore l’étendue de cet affaiblissement.

En conclusion, il reste à savoir le résultat de ce conflit et la nouvelle coalition ou sa structure et sa composition qui pourrait surgir en raison de ce conflit. Ici, on peut spéculer sur de nombreux scénarios : 1) La victoire totale de Bouteflika et son clan ; 2) La victoire totale de Toufik et son clan ; Ou 3) un équilibre différent à l’intérieur de la coalition entre les militaires et les pseudo-civils à la tête de l’État Algérien sans Bouteflika et sans Toufik, mais avec de nouveaux acteurs aussi prétoriens et aussi prédateurs que Bouteflika et Toufik. Aucun de ces scénarios ne sera positif pour l’avenir de l’État Algérien et le peuple Algérien. Le troisième scénario représenterait le maintien du statu quo qui a été mis en place depuis 1962, une sorte de réarrangement des chaises sur le pont d’un navire en perdition qui est en train de couler doucement devant nos yeux.

Vous pourriez vous poser la question: qu’en est-il des prochaines élections présidentielles? Vont-elles changer ou influencer le cours de l’avenir du pays?? Et malheureusement je dois dire que le résultat des prochaines élections présidentielles ne fera que confirmer et consolider le résultat du conflit entre Bouteflika et Toufik. Quel que soit le scénario ou le résultat de ce conflit, il sera confirmé par les prochaines élections.

  1. Fodil
    February 18, 2014 at 12:02 pm

    Je ne pense pas que le clan d’Oujda aurait pu prendre le dessus sur le GPRA et commettre son Putsch.., en supprimant d’abord les véritables chefs historiques Comme Abane, Ben M’Hidi ..
    Nous savons aujourd’hui qui sont Ben Bella, était désigné par de Gaulle en juin 1958.., et Boumediene, d’après Abbas Ferhat ” sa seule guerre c’est contre son Peuple en 1962 .. etc.., mais ils n’ont pu être là que grâce à De Gaulle .., non ? Donc l’origine de notre problème est avant “l’indépendance” 62 puisque l’armée des frontière attendait le feu vert de la France pour reprendre les reines.. A ce jour le problème est le même , nous avons des marionnettes au service de França , qui protégé SON sous système ..

    N’oublions pas, et à ce jour, le Peuple Algérien fête ” son indépendance ” le 5 juillet.., et pourtant ” coïncidence “, ce 5 juillet nous renvoie la prise d’Alger un .. 5 juillet ..1830..
    Alors que dans la loi française la proclamation date du 3 Juillet 1962 .. Tout est vérifiable..

  2. February 11, 2014 at 3:55 am

    C’est la manifestation pure et simple du manque d’institutions viables….When ideas, principles and great conversations don’t take place , we are left with figureheads litterally

    • February 18, 2014 at 1:59 am

      I agree with you, the Algerian state is severely under-institutionalized.

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